J’ai été visiter il y a quelques temps la cathédrale de Chartres, un endroit superbe et célèbre notamment pour son labyrinthe.

Cette image m’accompagne depuis quelques temps : je la trouve particulièrement bien adaptée à mon chemin spirituel quelque peu chaotique. J’ai eu du mal à comprendre, lorsque je suis devenue chrétienne, quelle était la valeur de mes expériences passées, et je me suis demandée plus d’une fois si je n’avais pas perdu mon temps à étudier bouddhisme, ésotérisme et autres.
Effectivement, la pensée chrétienne prédominante ne voit pas réellement l’intérêt de ce qui lui est autre : tout est contenu dans le chemin spirituel chrétien, et les autres religions n’en sont qu’au mieux des prémisses. Et effectivement, je ne peux pas nier que ce qui se rapproche le plus de la vérité est à mon sens, le chemin spirituel chrétien.
dicit ei Iesus ego sum via et veritas et vita nemo venit ad Patrem nisi per me
Jn 14.6
Il est le chemin, la vérité et la vie, et nul ne va au Père si ce n’est par Lui. Mais pour autant, ce que j’ai rencontré avant Lui, tout cela ne faisait-il pas partie du chemin ? Si je n’avais pas connu toutes ces expériences, l’aurais-je connu Lui ? Sans doute Le cherchais-je sans savoir.
Du bouddhisme Theravada, j’ai appris à méditer. J’ai appris à rester concentrée, à fixer mon esprit sur un sujet, j’ai longuement étudié mon propre esprit et ses illusions, j’ai vu la force de l’esprit humain, j’ai eu l’intuition que la matière n’est qu’une autre forme de l’esprit. Et puis un jour, j’ai vu que je n’existais pas par moi-même, et il m’a fallu de longues années pour comprendre que mon être n’en était pas une illusion pour autant, mais qu’il avait tout simplement sa source dans l’Être, dans celui qui nous donne vie. Le bouddhisme omet cette vérité.
Jésus leur répondit : « Amen, amen, je vous le dis : avant qu’Abraham fût, moi, JE SUIS. »
Jn 8.58
Après quoi ils Lui jettent des pierres, ce qui est un peu aussi ce qui arrive si on a le malheur de parler de Dieu à un bouddhiste (surtout un bouddhiste français, athée et défenseur de la laïcité comme il se doit). Nous voilà chassés du temple bouddhiste pour avoir osé blasphémer et dire que tout de même, il se pourrait que Bouddha eût tort. Mais sans Dieu, on tourne en rond dans le bouddhisme et le mindfulness, et on arrive à des contradictions logiques. Par ailleurs les bouddhistes peuvent discourir des heures sur le sens de cette phrase prononcée par le bouddha : « Sabbe dhamma anatta », tous les phénomènes sont sans Soi. Mais alors quid de la source des phénomènes ? D’où la résurgence, dans le Mahayana et dans le Vajrayana, bouddhisme tibétain, d’une certaine forme de conscience éternelle, bouddha dhatû, bouddha-nature, etc. C’est tout de même un peu gênant de se mettre à croire en un Dieu éternel et créateur de l’univers, pour un peu, on copierait ces idiots des religions monothéistes.
J’ai pris ce qu’il me fallait du bouddhisme et je suis allée voir ailleurs, lassée de ces dogmes, et surtout, ne voyant autour de moi que des gens tristes et dépressifs, ou bien faussement calmes et béats. Était-ce à cela que devait conduire la libération spirituelle ? Et puis, au fond, qu’est-ce que cela peut bien faire que je me libère, puisque mon « je » est une illusion ? Qui se libère et pourquoi ?
En tout cas, je me suis libérée du bouddhisme. Plus tard, après avoir un peu étudié le shivaïsme du Cachemire, mais au final sans grande conviction, c’est vers une certaine forme d’ésotérisme que je me suis tournée. J’ai acquis la conviction que la Tradition primordiale était la vérité, j’ai lu tous les René Guénon et me suis persuadée qu’il avait tout compris.
De cela, et de ce que j’ai appris de mon ancien « prof », initié dans un certain nombre de traditions ésotériques, j’ai gardé beaucoup de choses utiles – encore une fois, il s’agit de séparer le bon grain de l’ivraie. J’ai appris qu’il existe un monde invisible, peuplé de créatures parfois bienveillantes, parfois hostiles ; j’ai appris qu’on pouvait séparer le monde en différents plans, physique, éthérique, astral, mental, spirituel par exemple, et que ce « framework » fonctionnait comme s’il était vrai ; j’ai appris à réfléchir en symboles et à les décrypter ; j’ai appris qu’il existe un courant descendant, de l’esprit vers la matière, et qu’à l’inverse la matière peut se spiritualiser et l’esprit se relever de sa chute.
J’ai appris que la magie était réelle. Bien sûr, mettent en garde les ésotéristes sérieux, il y a la bonne magie et la mauvaise magie : la bonne, c’est celle qui cherche l’avancement spirituel, la mauvaise, c’est celle qui ne cherche que le matériel. Mais la bonne et la mauvaise magie, c’est comme les chasseurs, au final, on ne voit pas trop la différence.
Mais cela, je ne le savais pas, et donc, j’ai commencé à pratiquer la magie – pour mon avancement spirituel, évidemment.
Et c’est là que les ennuis ont commencé.
Puis le Seigneur Dieu déclara : « Voilà que l’homme est devenu comme l’un de nous par la connaissance du bien et du mal ! Maintenant, ne permettons pas qu’il avance la main, qu’il cueille aussi le fruit de l’arbre de vie, qu’il en mange et vive éternellement ! »
Gn 3.22
Et pourquoi ? trépignent les occultistes et ésotéristes. Pourquoi n’ai-je pas le droit ? Pourquoi ne serions-nous pas comme des dieux, décidant du bien et du mal, nous élevant vers le spirituel par notre seule force, prenant ce qui nous revient (croyons-nous) de droit ?
Parce qu’on joue avec ce qui est dangereux, tout simplement. Il m’a fallu du temps pour comprendre, et il a fallu aussi l’intervention directe de Dieu, pour que je cesse de m’approprier ce que je croyais être mien. Il n’y avait pas d’avancement spirituel là-dedans, juste mon orgueil démesuré, qui pensait avancer vers la lumière et ne faisait que s’enfoncer dans les ténèbres.
Il n’y a pas de spirituel dans la manipulation d’énergies, dans le fait de ressentir les auras, de se protéger énergétiquement, de créer des talismans, de connaître le futur et de le manipuler, et autres… Ce sont juste des distractions qui éloignent du chemin, dangereuses car elles donnent l’illusion de détenir un certain pouvoir – sans parler du danger lié aux entités hostiles aux humains. L’occultisme reconnaît l’existence des démons, mais comme chaque doctrine mensongère contient en elle une part de vérité, pour l’occultisme, un démon est simplement une vilaine bestiole qui peut occasionner des dégâts matériels, psychologiques ou psychiques, mais qu’on n’a en général aucune difficulté à reconnaître. Mais quant à celui à qui ils obéissent, Lucifer, le père du mensonge, l’occultisme reconnaît son existence, mais le décrit bien mal.
Car le péché de l’occultiste est le même qui caractérise l’ancien porteur de lumière : l’orgueil. « Non serviam » : je ne servirai pas Dieu et je créerai mes propres règles, ma propre version du bien et du mal, ma propre spiritualité, mes propres rituels écrit de ma petite main et où je demanderai tout de même au divin d’intervenir selon ce que j’ai décidé, en levant ma petite baguette vers le ciel et en proférant des noms d’anges (qui n’en sont peut être pas) dans un hébreu approximatif, voire même en usant du Tétragramme à tort et à travers. Après quoi, après avoir parodié le rituel chrétien, on peut tout de même réciter un psaume ou deux histoire de se donner bonne conscience et de prouver à Adonaï que tout de même, nous ne sommes pas des sauvages mais de bonne volonté.
Quel délire.
Je crois que je ne remercierai jamais assez Dieu de m’avoir mis une claque dans la figure pour que j’arrête mes conneries.
Malgré tout, j’ai appris beaucoup de choses, notamment sur le symbolisme (oui, le labyrinthe conduit vers le point au centre du cercle, etc). L’occultiste en moi dirait qu’il fallait aller voir du côté sombre avant de revenir vers la lumière (car pas de Yin sans Yang, pas de pilier de la Rigueur sans Miséricorde, pas de Yakin sans Boaz, et pas de bras, pas de chocolat ?)… Je dirais juste que mon chemin est un peu étrange, et qu’à mon avis, il me réserve encore des détours, mais seul Dieu sait. Plus j’avance, plus je réalise que je ne sais pas grand chose, finalement.
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