Pourquoi le Fils de l’Homme doit-Il mourir ? Doit-on y voir la conséquence de l’injustice de la société humaine, toujours prête à condamner l’innocent et à épargner le coupable, ou bien doit-on y déchiffrer une autre symbolique ?

Lorsque Jésus est amené devant Pilate, celui-ci, représentant l’ordre temporel, déclare qu’il « ne trouve en lui aucun motif de condamnation. » Il le dira par trois fois. La société humaine n’a donc rien à redire aux agissements de Jésus : en fait, elle serait même plutôt prête à accepter ses enseignements. Pourquoi, alors, est-Il condamné à mort ?
En réalité, c’est l’ordre spirituel qui condamne le Fils de Dieu.
Ils lui répondirent : « Nous avons une Loi, et suivant la Loi il doit mourir, parce qu’il s’est fait Fils de Dieu. »
Jn 19.7
Que signifie ce verset ?
Jésus, en tant que Fils de l’Homme, représente l’humanité dans son ensemble. Voici l’homme / l’Homme, dit Pilate à la foule. Jésus endosse ce rôle pour nous et nous montre le chemin, pour qu’à notre tour, nous puissions l’imiter afin de devenir comme Lui. Ainsi, tout comme Lui, nous cherchons à nous faire Fils de Dieu, et en cela, nous accomplissons et nous dépassons simultanément notre nature humaine – car l’homme, crée à l’image de Dieu, est donc « capax dei ». Cette naissance de la Parole, comme le souligne Maître Eckhart, a lieu à la fois de toute éternité mais aussi dans le temps, en nous, dans le fond de notre âme humaine.
Ne sois pas étonné si je t’ai dit : il vous faut naître d’en haut.
Jn 3.7
L’Esprit Saint descend sur nous (par le baptême, par exemple), et si nous l’acceptons, alors la Parole naît.
Mais selon l’ordre spirituel, une fois le Fils de Dieu engendré dans l’âme humaine, celle-ci doit mourir : c’est la Loi.
Cette Loi, représentée ici par les grands prêtres Juifs, n’est pas une loi humaine. Sans le savoir, au prétexte de respecter la loi qui leur a été donnée par le passé, ils accomplissent la Loi divine. Car il s’agit bien d’une loi spirituelle écrite par Dieu de toute éternité, et qui fait maintenant partie des lois de l’univers au même titre que ses lois physiques : en un sens, il n’y a pas vraiment de jugement, mais plutôt une conséquence logique. Tout comme un objet lancé en l’air retombe selon la loi de la gravité, la Loi divine retombe sur celui qui veut se faire Fils de Dieu. Jésus nous montre ici ce qui nous attend : comme Lui, celui qui veut gravir le chemin spirituel doit mourir.
Mais qu’est-ce qui doit mourir exactement ? Il y a bien entendu la mort physique à la fin de la vie terrestre, qui on l’espère, sera suivie d’une résurrection dans un corps glorieux. Mais pour préparer cette mort physique, on peut aussi y voir une mort spirituelle : afin de préparer cette résurrection et de s’unir au Fils de Dieu, c’est l’âme humaine, avec ses péchés, ses impuretés et ses souffrances, qui doit mourir à elle-même.
Les épreuves que nous traversons, que Dieu nous envoie parfois, sont une façon pour nous de purifier notre âme, de laisser derrière nous ce que nous pensons être.
En ce sens, Guénon avait tort lorsqu’il prétendait que les épreuves de la vie ne peuvent en aucun cas remplacer l’initiation ésotérique : c’est le contraire. Les signes tracés dans l’aura, se placer au coeur du temple-tombe de la Terre-mère, prétendre mourir et renaître, toutes ces scénarisations théatrales s’effondrent comme un château de sable en face de la vie elle-même.
Car qui d’autre que Dieu pourrait nous guider sur le chemin et savoir comment faire grandir notre âme ? Mais le chemin est ardu, et nous ne savons pas quelle sera notre épreuve. Nous craignons l’inconnu, à juste titre, car un sacrifice nous sera demandé.
C’est pourquoi, parmi les grands, je lui donnerai sa part, avec les puissants il partagera le butin, car il s’est dépouillé lui-même jusqu’à la mort.
Is 53.13
Nous devons nous dépouiller de nous-mêmes. Notre fierté, nos désirs, notre orgueil, tout cela doit mourir et disparaître : nous devons mener le combat spirituel jusqu’à ce que notre âme devienne pure et transparente, afin de laisser vivre en nous le Fils de Dieu. Plus nous nous accrocherons à nous-mêmes, plus l’épreuve ultime, la mort physique, sera difficile : car à ce moment-là, notre âme devra nécessairement se regarder en face et se juger elle-même. Voilà un des sens de la Croix, instrument de mort mais aussi de résurrection.
Car le Fils de Dieu est toujours là avec nous, quelles que soient les vicissitudes extérieures. Notre mort n’aurait pas de sens si ne se profilait pas l’espérance de la résurrection, si Jésus ne nous avait pas ouvert la voie et montré le chemin. La Lumière promesse d’éternité nous accompagne, même au coeur de la nuit obscure de l’âme, lorsque nous nous demandons si Dieu ne nous a pas abandonnés : car cette Lumière, « les ténèbres ne l’ont pas saisie ». Quelles que soient les épreuves, quels que soient les péchés qui salissent notre âme, tout cela disparaîtra et n’aura plus de poids en Lui.
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