Fides et ratio

LA FOI ET LA RAISON sont comme les deux ailes qui permettent à l’esprit humain de s’élever vers la contemplation de la vérité. C’est Dieu qui a mis au cœur de l’homme le désir de connaître la vérité et, au terme, de Le connaître lui-même afin que, Le connaissant et L’aimant, il puisse atteindre la pleine vérité sur lui-même.

Lettre encyclique « Fides et Ratio »

Théoriquement, la religion catholique accorde autant de place à la foi qu’à la raison : comme le dit l’encyclique Fides et Ratio, il est naturel pour l’homme de chercher la vérité et Dieu, puisque c’est Lui qui a mis ce désir dans notre âme. Et si un dogme est contraire à la raison ou à la science, dit aussi le catéchisme officiel, c’est qu’il a été mal interprété, et qu’il devra être réévalué à cette lumière. Et il est vrai que l’Église a encouragé le développement de la science en Occident pendant des siècles – à titre d’exemple, on croit souvent que Giordano Bruno a été condamné pour ses travaux scientifiques, mais en réalité, ce fut pour s’être trop passionné pour la magie et l’ésotérisme.

Voilà pour la théorie.

Dans les faits, on pourra dire que si la science et la foi peuvent cohabiter, la libre-pensée et le catholicisme ne font pas bon ménage. L’histoire nous le rappelle : en premier lieu par l’Inquisition, qui soupçonna d’hérésie un génie tel que maître Eckhart, ainsi que Marguerite Porete et tant d’autres… À raison, par ailleurs, si on définit l’hérésie comme l’opposition au dogme officiel. Ce qui ne serait pas bien grave si cela n’avait pas eu pour conséquence de finir au bûcher.

Aujourd’hui, a-t-on vraiment changé ? Les catholiques cherchent-ils des réponses et cherchent-ils vraiment Dieu, ou bien veulent-ils simplement obéir sans jamais poser de questions et user de leur faculté de raison ? On est en droit de se poser quelques questions.

Il se trouve qu’aujourd’hui, bon nombre de jeunes (et autres) ralliés au catholicisme se font très critiques de Vatican 2. Là où on peut saluer enfin une avancée moderne, on tombe aussi sur des gens persuadés que Vatican 2 fait partie d’un vaste complot gay / protestant / maçonnique, avec pour preuves que « c’est évident voyons ». À bas la liberté de religion et la réflexion personnelle, selon eux.

Je connais aussi des occultistes qui critiquent Vatican 2 parce que le rite tridentin serait tout de même bien plus efficace en termes « magiques » : ces gens, qui auraient fini comme Giordano Bruno quelques siècles en arrière, viennent nous dire que la modernité ça craint, et en oublient par ailleurs que les sacrements agissent ex opere operato et non pas parce que le prêtre est un bon magicien. Le magicien, à l’inverse, pratique uniquement des rites qui fonctionnent ex opere operantis. Bref, je dois dire que parfois, mes anciens confrères me rendent perplexes.

J’ai l’impression d’être un ovni dans les deux mondes, aussi bien chez les cathos que chez les occultistes. Je pense que Vatican 2 était une évolution nécessaire, car l’humanité, dans son ensemble, progresse. On passe (du moins pour certains) d’une obéissance aveugle à la Loi à une compréhension intérieure de ce qui relie l’homme à Dieu. En conséquence, je ne pense pas non plus que l’Esprit Saint s’adresse uniquement aux catholiques bon teint, et je pense que malheureusement, à trop vouloir défendre le dogme en dépit de la raison, l’Église éloigne des personnes de la foi.

Et moi, je te le déclare : Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église ; et la puissance de la Mort ne l’emportera pas sur elle.

Mt 16.18

Mais lui, se retournant, dit à Pierre : « Passe derrière moi, Satan ! Tu es pour moi une occasion de chute : tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes. »

Mt 16.23

Comme on dit chez certains, « que celui qui a des oreilles, entende. » Est-ce vraiment un hasard si le lecteur de l’évangile de Matthieu qui lit ici l’acte de fondation de l’Église, lit seulement 5 versets plus loin un avertissement à peine voilé contre le chef de cette nouvelle Église ? L’Église est parfaite dans son rôle de conservatrice des sacrements, comme le dit Simone Weil : pour le reste, méfie-toi, semble dire ce passage.

Loin de moi l’idée que le Vatican a été parasité par Satan, mais il est indéniable que parfois, l’Église met des bâtons dans les roues de ceux qui cherchent sincèrement Dieu sans cocher toutes les cases du parfait petit catholique. Ses sacrements sont inaccessibles à ceux qui refusent de se plier à des règles morales dont il est incertain que Dieu en soit le seul rédacteur. Et pourtant, selon Amoris Laetitia (301), on voit aussi que l’Église ne peut plus honnêtement affirmer que ne pas se plier à ses règles équivaut automatiquement à être en situation de péché mortel, c’est à dire à être éloigné de Dieu. Mais en même temps, les couples non mariés, les homosexuels, les divorcés et les autres restent excommuniés : un pas en avant, un pas en arrière.

Donc, pour revenir à la foi et la raison, il faut les développer pareillement pour voler de ses propres ailes. Et sans doute, pour les deux, en étant davantage à l’écoute de Dieu que des interprétations de l’Église, qui sont souvent utiles mais parfois limitatrices. Le Christ est venu pour nous rendre libres, pas pour que nous dépendions d’autres hommes.


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