
Bien tard je t’ai aimée, ô beauté si ancienne et si nouvelle, bien tard je t’ai aimée ! Et voici que tu étais au-dedans, et moi au-dehors et c’est là que je te cherchais…
Saint Augustin – Confessions, X, 27
Lorsque l’on se convertit – c’est à dire, lorsque tout l’être d’une personne se retourne vers sa source : Dieu ; que l’on regarde vers le Ciel et non plus vers la Terre – on ne peut que se poser la question suivante : pourquoi à cet instant précis de ma vie ? Même si l’on a été baptisé dans son enfance, comme beaucoup, il se peut que l’on n’ait jamais développé sa foi ni accepté la grâce. On peut avoir rencontré au fil de son itinéraire de nombreux enseignements spirituels, on peut avoir erré par de nombreux chemins sans jamais s’en satisfaire… Et alors que l’on ne cherchait plus, vient ce jour où Dieu s’impose à nous.
Pourquoi maintenant ? Si on a cherché en soi pendant des années, et que l’on n’y a rien trouvé, a-t-on vraiment cherché ?
Si on a été élevé dans l’idée que Dieu n’existe pas ; puis, conforté dans cette vision du monde, si on a cherché refuge auprès de la seule religion qui nie Son existence ; et si ensuite, comprenant intérieurement que cette philosophie est dans l’erreur, on a été convaincu par d’autres enseignements plus sophistiqués intellectuellement, mais ne voyant toujours Dieu que comme Principe ou Architecte indifférent à Ses créations, voire même comme Nature… Si on a cherché, et cherché en soi, qu’a-t-on en réalité voulu découvrir sinon ce que ce que l’on s’attendait à trouver ?
Si l’on effectue une expérience scientifique, la résultat de celle-ci permettra de confirmer ou d’infirmer la théorie ; mais par elle-même, elle ne permettra pas au scientifique de sortir du cadre de sa théorie et d’en élaborer une autre. Il en est de même pour les différentes visions du monde qu’offrent les religions ou spiritualités : elles cadrent et définissent l’expérience directe que l’on peut avoir des choses. Si on est intimement convaincu que tout est impermanent et illusion, ce cadre théorique définira une bonne partie des expériences personnelles que l’on peut avoir, nous rendant aveugles au reste.
Tu as appelé, tu as crié et tu as brisé ma surdité.
Alors, a-t-on été sourd à l’appel pendant des années ?
Non, car pour autant, on a cheminé. Par étapes, Dieu a révélé son existence et le moyen de Le connaître. Comme Il s’est progressivement révélé à l’humanité, de l’Ancienne Alliance jusqu’à la Nouvelle, Il se révèle aussi à l’individu progressivement.
D’abord, réaliser que l’athéisme matérialiste professé par notre société est faux. Ensuite, à travers les religions orientales, découvrir que la conscience prime sur le matériel, et en faire l’expérience soi-même : comprendre que le corps est dans l’esprit et non l’inverse, comprendre peu à peu qu’il ne s’agit pas que de soi, mais que le monde est lui-même pensé et régi par un gigantesque esprit, et reconnaître cet esprit comme Créateur de l’Univers. De là, étudier les lois ésotériques du monde, les principes cosmologiques et leurs applications.
Voilà à peu près où l’être humain peut aller de lui-même. Car ensuite, si Dieu ne se révèle pas à nous, Il restera éternellement un Dieu caché, le Dieu de Valentin et des faux gnostiques, le Dieu inconnaissable.
Tout m’a été remis par mon Père ; personne ne connaît le Fils, sinon le Père, et personne ne connaît le Père, sinon le Fils, et celui à qui le Fils veut le révéler.
Mt 11.27
Une différence entre les enseignements ésotériques et la Révélation divine est celle-ci : pour l’ésotérisme, Dieu ne se révèle pas, c’est à l’homme de le chercher par la force de son intellect ou de ses méditations. Mais avec la Révélation de Jésus-Christ, l’homme se rend compte que Dieu cherche à se faire connaître et à se faire aimer.
Alors pourquoi vient-Il vers nous maintenant, à cet instant précis, pour Se faire connaître ? Car Dieu, nous connaissant, a su que nous accepterions en ce moment Sa révélation dans notre vie, mais que plus tôt, ou plus tard, nous n’aurions pas été prêts ou disposés à L’accueillir.
À la différence des expériences connues jusqu’à présent, cette expérience de conversion est aussi extérieure : car l’on se rend compte que les évènements que l’on vit dépassent complètement le cadre théorique spirituel que l’on connaissait. De l’extérieur de nous-mêmes, quelque chose vient nous chercher et nous montrer que nous avions tort.
Après réflexion et examen, il faut donc bien admettre que ce « quelque chose » ne peut être que le Dieu trinitaire, qui a choisi de nous montrer la Vérité d’une façon qui nous est personnelle. Car Dieu connaissant bien notre (vilain) caractère, Il a anticipé les arguments que nous pourrions développer pour ne pas croire en Lui et ce qui nous arrive. (Et si tout ça était faux… ? Et si…) Mais Dieu étant plus intelligent que nous, nous ne pouvons pas rester sourds éternellement ; et alors nous nous retournons vers Lui.
Et à cet instant, le chemin initié il y a des années trouve simultanément sa fin et son départ. Fin car il n’y a plus lieu d’errer ; départ, car il faut maintenant suivre le nouveau chemin.
Ainsi le baptême reçu aux premiers jours de la vie, initiation aux mystères chrétiens, était-il une initiatio, au sens latin : commencement, départ, comme aiment à le dire les ésotéristes ; mais il était aussi τελετή, au sens grec, fin et perfectionnement.
On pourrait parler de boucle bouclée et donc d’ouroboros si on avait quelques tendances au symbolisme occulte. Blague à part, il s’agit bien de revenir au départ pour y trouver la fin ; et de là, poursuivre encore son chemin. Il s’agira, plus tard, de compléter l’initiation reçue et de la parfaire.
Pour le moment, le chemin continue.
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