L’Assomption de la Sainte Vierge Marie

« La fête de l’Assomption célèbre la mort, la résurrection, l’entrée au ciel et le couronnement de la bienheureuse Vierge Marie. » (site eglise.catholique.fr)

Il parut dans le ciel un grand signe : une femme revêtue du soleil, la lune sous ses pieds et une couronne de douze étoiles sur sa tête.

Ap 12.3

D’un point de vue matérialiste, le dogme catholique au sujet de la Vierge Marie ne fait aucun sens. Enceinte alors que vierge, dénuée de péché originel (notion qui en elle-même n’a pas de sens pour des matérialistes), enlevée au Ciel par des anges puis couronnée par son fils le Dieu fait homme. Des fables, de l’ignorance moyenâgeuse, ai-je entendu ces derniers jours. Comment une femme avec son corps de chair, aurait-elle pu être élevée au Ciel pour rejoindre Dieu ? Dieu le Père est-il ce vieux bonhomme assis au dessus des nuages, avec littéralement son Fils assis à sa droite et un petit oiseau qui leur tient compagnie ? Tant qu’on y est, Marie aurait-elle été enlevée par des extra-terrestres dans leur vaisseau ? Mais quelle est donc cette religion pour les idiots et les enfants (ricanons-nous) ?

Alors il va sans dire qu’avant de devenir chrétienne, je pensais plus ou moins la même chose, donc je ne jetterai pas la première pierre, mais j’avais au moins l’excuse de ne pas être chrétienne. Je pense même qu’il n’y a pas lieu pour un ésotériste sérieux de tenir ce genre de propos, mais passons.

Évidemment, personne n’est tenu d’y croire si ce n’est pas sa foi. Mais examinons le dogme et voyons si cela fait sens, avant de décréter que le dogme est faux.

Lorsque j’étais enfant, je parlais en enfant, je pensais en enfant, je raisonnais en enfant.

1Cor 13.11

Les enfants ne sont pas ceux que l’on croit : ce ne sont pas les croyants, mais ceux qui se moquent et critiquent sans prendre la peine de réfléchir. Nous voyons un corps matériel, solide, de chair, et nous pensons que c’est toute la réalité de ce qui existe. Nous pensons que tout naît de la matière et y retourne. Cela nous semble logique, puisque nous avons perdu tout sens spirituel – et le péché originel n’y est pas étranger.

En réalité, nous naissons de Dieu et nous y retournons. Nés de son esprit, notre véritable nature est spirituelle et non pas corporelle. Notre âme est-elle dans notre corps, ou bien l’inverse ? Nous voyons les choses à l’envers : nous sommes avant tout des êtres spirituels. L’âme est la modalité dynamique de l’esprit ; le corps est la modalité temporelle et spatiale, ici et maintenant, de l’âme. Tout comme le corps n’exprime pas l’intégralité des possibilités de l’âme, l’âme n’exprime pas l’intégralité des possibilités de l’esprit, notre véritable personne, en ce nom divin qui tire son existence du Logos.

À la fin de son existence temporelle et spatiale, le corps disparaît et retourne à la matière, ne laissant que l’âme et l’esprit. Pour la créature parfaite qu’était Marie, à la fin de sa vie terrestre, Dieu l’a immédiatement dotée d’un corps renouvelé, une nouvelle modalité d’existence pour son âme, d’une nature plus subtile que le corps grossier qu’elle possédait avant.

Son couronnement nous montre une création purifiée et renouvelée en Dieu. Elle est maintenant le visage humain de ce que l’on appelait autrefois la prima materia, sur laquelle elle a reçu les droits donnés par Dieu, et à présent la véritable Mère de tout et de tous, Redemptoris Mater. « Toujours vierge car elle se renouvelle éternellement ». Notre corps, après notre mort, retourne à la materia indifférenciée, et par celle qui est maintenant reine de la création, sera renouvelé comme elle l’a été. Cela n’a rien d’absurde pour un chrétien.

Et pourquoi monte-t-elle physiquement vers le Ciel, comme Jésus lors de son Ascension, alors que le Ciel n’est pas un lieu physique ? Parce que dans notre monde matériel, la verticale indique : vers le haut, le Ciel, le Divin, et vers le bas, les Enfers. On peut trouver cela ridicule, mais c’est un symbolisme ancré dans toutes les cultures humaines, tout comme la croix est symbole universel également, comme l’a montré Guénon dans « Le Symbolisme de la croix ». Prosaïquement, il fallait bien un symbole visible de ce qui se passe : le corps glorieux de Marie, comme celui de Jésus, aurait sans doute pu disparaître dans son sommeil, mais du coup, qu’auraient raconté les disciples ? Cela aurait été incompréhensible. (J’imagine la scène : panique, Marie a disparu, où est-elle ? Quelqu’un l’a vue récemment ?).

Notre esprit humain fonctionne en images et symboles, et par conséquent nous nous représentons Marie élevée au Ciel, nous nous représentons le Fils assis à la droite du Père, et tout cela est vrai, aussi vrai que Dieu est l’incompréhensible Absolu dont on ne peut rien dire et que l’on ne peut pas représenter. Nous sommes des enfants. Nous grandissons un peu, mais nous sommes toujours des enfants. Il faut nous montrer des signes visibles.

D’un point de vue métaphysique (on peut se référer aux travaux de Borella sur le sujet), l’Assomption de Marie peut donc trouver une explication rationnelle, et particulièrement enrichissante spirituellement. Si on n’est pas familier avec la métaphysique classique, d’Aquin, d’Aristote ou de Platon, il faut sans doute commencer par là. La vision du monde platonicienne m’a toujours paru instinctivement logique et vraie, mais peut-être suis-je plus à l’aise avec le monde des idées que le monde matériel, à l’inverse de beaucoup de gens.

Est-ce que tout cela se démontre pour autant ? Non. Encore une fois, on peut juste montrer, comme pour les différents dogmes, la cohérence et la logique internes de ce qui est affirmé, mais le reste est une affaire de foi. On peut démontrer l’existence d’un Dieu créateur par la raison, mais la croyance en Jésus, en la Trinité, en Marie, tout ce qui relève de la foi chrétienne, ne se démontre pas.

Je me pose tout de même la question de savoir pourquoi la figure de la Vierge Marie focalise autant de tensions. Certes, l’Église catholique a parfois exagéré la dévotion qui lui est rendue, mais pourquoi vouloir enlever à Marie ce qui fait sa spécificité ? Pourquoi certains lui refusent-elle virginité, conception immaculée, résurrection tel qu’il est promis à tout chrétien à la fin des temps ?

Je mettrai une intimité entre toi et la femme, entre ta descendance et sa descendance.

Genèse 3.15

Elle est l’image de la créature pure, obéissante à Dieu, ne pouvant en aucun cas céder au mal. Ce n’est absolument pas un modèle pour les femmes en général : quelle femme lui ressemble ? Je ne connais pas beaucoup de femmes vierges qui ont des enfants et qui sont littéralement mères de Dieu. Non, elle est un modèle pour tous, femmes et hommes compris, un modèle de pureté parfaite de l’âme. Fille du Père, mère du Fils, épouse du Saint-Esprit, elle est ce à quoi l’âme doit aspirer. Nous sommes nous aussi des enfants adoptifs de Dieu, et nous devons laisser le Saint Esprit agir en nous pour permettre « la naissance de Dieu dans l’âme », comme le disait Maître Eckhart.

Dénuée de péché, la Sainte Vierge est aussi la seule créature dont l’existence entière reflète totalement ce qu’elle est au sens ontologique. Par conséquent, l’attaquer revient à avouer que psychologiquement, l’idée de pureté nous dérange, que nous sommes tous impurs à jamais (idée défendue notamment par Luther qui refusait que la grâce change et renouvelle réellement l’homme), et qu’elle aussi. Selon la tradition catholique, c’est Lucifer qui n’a pas supporté l’idée que Dieu puisse s’incarner dans la chair, d’une humble créature humaine comme Marie. On en tire les conclusions que l’on veut.

Ave, maris stella,
Dei mater alma,
Atque semper virgo,
Felix cæli porta
.


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