Frappez et on vous ouvrira

Demandez, on vous donnera ; cherchez, vous trouverez ; frappez, on vous ouvrira.

En effet, quiconque demande reçoit ; qui cherche trouve ; à qui frappe, on ouvrira.

Mt 7.7-8

C’est un verset bien connu (et pas que de la tradition chrétienne). Simple, en apparence, mais mes dernières déconvenues m’ont fait reconsidérer sa signification. Car où sommes nous censés frapper ? À la porte d’un temple, sans doute : une église, alors ? Frappons donc à la porte de la communauté des enfants de Dieu, l’église universelle ainsi qu’elle se dénomme elle-même : « catholique », et fidèles au verset de Matthieu, ils nous ouvriront certainement.

Pourtant, ce n’est pas ainsi que cela se passe. La main reste fermée. On frappe mais la porte reste close. On cherche mais on ne trouve rien. On demande mais on ne reçoit pas. Ont-ils oublié ce verset ?

Le premier voile du Temple de Jérusalem, censé écarter les païens, a pourtant été déchiré lors de la mort de Jésus. Mais les pharisiens sont vite revenus, et on ne sait comment, ils se sont empressés de rafistoler le voile du Temple. Hop hop, dehors, couples illégitimes, homosexuels, divorcés et les autres. Dehors aussi ceux qui cherchent et posent sincèrement des questions. Ils ont les réponses et des certitudes, moi simplement des questions, et beaucoup de doutes quant à ceux qui prétendent savoir et n’ont jamais exploré leurs ténèbres intérieures. Ils sont convaincants, oui, mais il leur manque la connaissance personnelle, bien souvent.

La gnose, en fait. Il leur manque la gnose, tant pis si ce terme est connoté très négativement chez eux.

Tant pis. Allons ailleurs.

J’aurais pu aller chez les protestants, mais j’ai un peu de mal avec leur(s) (nombreuses) théologie(s) qui évacue complètement le sens du mystique et qui empêche toute considération métaphysique. Entre Luther qui refuse toute possibilité d’une véritable transformation spirituelle de l’homme et Calvin qui a décrété que Dieu ne nous aime pas tous pareil, ça ne donne pas franchement envie. On est bien loin d’une quelconque Tradition Primordiale.

Allons frapper encore ailleurs, et découvrons que les choses s’avèrent un peu plus compliquées que prévu. Découvrons (avec plus ou moins de surprise…) qu’être une femme complique un peu les choses si on souhaite s’engager sur certaines voies initiatiques et qu’on ne souhaite pas du tout s’occuper de considérations sociales. Du coup, pour le moment, je ne suis ni on the square, ni on the level, et pas plus prête à swear right here right now before the devil (pour ceux qui ont la référence à Ghost).

Il y a toujours un problème, quoi qu’il en soit. Là où il y a de l’homme, il y a de l’hommerie, comme disait encore une fois Saint Augustin. On fait des règles pour rester entre nous, quel que soit cet « entre nous ».

Parfois, quand rien ne convient, il faut savoir cheminer sans temple extérieur.

Asato ma sad gamaya 

Tamaso ma jyortir gamaya  

Mrtyor ma amritam gamaya

Brihadaranyaka Upanishad

De l’ignorance, conduis-moi à la connaissance ; de l’obscurité, conduis-moi à la lumière ; de la mort, conduis moi à l’immortalité. Tout le chemin spirituel est résumé en ces quelques phrases.

La véritable porte à laquelle nous frappons, le véritable temple, sont intérieurs. Les temples de pierre ne nous condamnent-ils pas à rester à jamais dans les ténèbres de la porte de l’Occident, derrière le voile de Paroket reconstitué ? Nous incitent-ils réellement à avancer, pour soulever le voile intact qui protège le Saint des Saints, là, dans le temple de l’homme ?

Ne nous exilent-ils pas de nous mêmes ?

Il est parfois plus simple de se féliciter de suivre des règles extérieures et rebâtir la religion des pharisiens.

Dans le temple de l’homme, derrière le dernier voile, il n’y a plus rien. Il n’y a plus rien ou il y a tout, il n’y a plus ni homme ni Dieu, dans cet espace de ténèbres lumineuses.

Je ne sais pas si je trouverai un temple de pierre pour m’aider à entrer en ce lieu. A défaut, il y a le temple de papier, et puis surtout le temple du cœur où parle le Saint-Esprit. Je continue de chercher la gnose, quoi qu’il en soit (avec un grand G).


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