
Là où un homme, dans l’obéissance, sort de son moi et se défait de lui-même, en ce même lieu Dieu ne peut pénétrer qu’à son tour, car si quelqu’un ne veut rien pour lui-même, Dieu doit vouloir pour lui de la même façon que pour lui-même.
Discours du discernement, Maître Eckhart
Dernièrement, on m’a fait la remarque que si je cherchais Dieu et la vérité, je devais obéir aux règles de la religion catholique, dans laquelle j’ai été baptisée (et ainsi aller à la messe tous les dimanches, par exemple). Cette remarque, ainsi que le court discours de Maître Eckhart sur « la véritable obéissance », qu’une heureuse synchronicité a porté à ma connaissance, m’ont inspiré les réflexions suivantes :
L’obéissance est importante, oui, mais de quelle obéissance parle-t-on ? Car il me semble, ainsi que le dit Maître Eckhart, qu’il s’agit d’obéir à Dieu et de ne pas laisser son ego prendre le dessus. Il s’agit de ne pas se perdre et se disperser dans des volontés périphériques afin de rester centré sur Dieu et le spirituel.
En distinguant entre le monde spirituel et notre monde matériel, il y a donc pour moi deux sortes d’obéissances.
Premièrement, l’obéissance que je qualifierais de « temporelle », ou d‘« extérieure ». Nous vivons en société ; si cette société respecte l’ordre divin des choses, si ses lois sont justes, nous devons y obéir. (Évidemment je ne parle pas de notre société d’aujourd’hui…) Plus largement, si nous appartenons à un groupe, nous devons en suivre les règles. Nous devons suivre les us et coutumes du pays dans lequel nous vivons, de l’école ou de l’université, de l’entreprise pour laquelle nous travaillons, les règles de notre foyer que nous avons établies… Et également, les règles de la religion à laquelle nous appartenons. Si nous sommes catholiques, nous devons suivre les règles de cette religion : qu’il s’agisse des règles pour les laïcs, pour les prêtres ou pour les religieux. Être baptisée suffit-il à faire de moi une catholique ? Une chrétienne, oui, c’est certain, mais n’étant pas vraiment intégrée dans l’église « catholique », j’en doute, même si la théologie et les pratiques catholiques forment une large part de mon chemin spirituel.
Mais il y a une autre église, une église universelle et par là réellement « catholique » : une église intérieure, qui réunit tous ceux qui cherchent Dieu. C’est « le christianisme transcendant » qu’évoquent Joseph de Maistre, ou Martinès de Pasqually, ou bien ce que certains appellent l’église de Jean par opposition à celle de Pierre… Peu importe son nom, c’est là la véritable raison d’être de l’église catholique extérieure : mener ses brebis vers ce chemin intérieur. Ce n’est pas un but d’être chrétien ou catholique en soi : non, le but, c’est de retourner vers Dieu. L’église extérieure montre simplement le chemin à suivre.
Dans cette église intérieure, nous continuons à suivre les règles extérieures, car nous continuons bien entendu à faire partie de la société des hommes. Mais dans cette église intérieure, une obéissance intérieure prend le pas sur l’obéissance extérieure. Avant d’obéir aux règles extérieures, celui qui se trouve sur ce chemin cherche avant tout à obéir à Dieu.
Et qu’est-ce que cela signifie, obéir à Dieu ? J’en reviens à la « parole perdue » de mon article précédent (et au passage : je crois vraiment que d’une, ce lexique maçonnique dit quelque chose de crucial du chemin spirituel – et de deux, que les maçons n’en ont pour beaucoup pas idée). Obéir à Dieu, selon moi, c’est se conformer autant qu’on le peut à la Parole que Dieu a prononcée lorsqu’Il nous a crées. C’est découvrir qui nous sommes en Lui, retrouver cette Parole oubliée, et en se conformant à notre être immortel, laisser Dieu parler en nous et à travers nous.
Idéalement, nous devrions tous obéir aux règles extérieures : mais nous sommes dans le monde matériel des êtres temporels, englués dans l’ici et maintenant. Notre être éternel ne peut parfois se réaliser dans les conditions « accidentelles » dans lesquelles nous sommes plongés, et qui nous façonnent : une société, une famille, une histoire personnelle, des évènements divers et variés qui peuvent empêcher la pleine réalisation de cette Parole divine qui est à la source de notre être.
C’est pourquoi, si Dieu doit prononcer sa parole dans l’âme, celle-ci doit être dans le repos et dans la paix.
Sermon 9, Maître Eckhart
Alors, si les règles de l’obéissance extérieure plongent l’âme dans le désarroi, comment retrouver sa parole intérieure ? Une âme agitée, plongée dans ses émotions, ne pourra pas accueillir Dieu en elle. Malheureusement, les règles de notre obéissance intérieure peuvent aller à l’encontre des règles de l’obéissance extérieure. Je pense que c’est même un cas fréquent dans nos sociétés modernes, qui privilégient le chao à l’ordo…
Oui, idéalement, extérieur et intérieur devraient se réconcilier. Mais c’est un chemin personnel, et un chemin souvent compliqué. Nous ne pouvons que faire confiance à Dieu et à notre ange gardien pour nous guider.
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