
Le chapelet est composé, comme dit précédemment, de trois parties : Naître / Mourir / Renaître. Les mystères joyeux nous présentent la naissance de Dieu dans l’âme, pour reprendre les termes de Maître Eckhart : l’Esprit Saint va nous donner cette étincelle de Lumière qui va venir illuminer notre obscurité et nous transformer intimement. Notre âme va devenir la demeure du Fils.
Les mystères douloureux sont centrés sur la croissance de cette Lumière dans l’âme : celle-ci doit à présent délaisser le matériel pour tourner son regard vers le haut et vers Dieu via l’union au Fils. Ceci est un déchirement, semblable à la mort, car l’âme humaine, dans sa nature déchue, se tourne plus facilement vers le bas que vers le haut, sur la verticale de la croix. L’âme meurt donc au monde dans cette seconde série de mystères.
Enfin, les mystères glorieux représentent le retour et la perfection de l’union à Dieu, qui se réintègre dans le Logos, tout en purifiant le matériel. Le corps est absorbé dans l’âme et l’âme retourne vers l’esprit, marquant ainsi la fin du cycle : d’où l’importance de la Vierge Marie dans les deux derniers mystères.
Nous avons donc les triptyques suivants :
Naissance / Esprit Saint / Esprit
Croissance et mort / Fils / Âme
Résurrection / Père / Corps
Nous suivons ici le sens inverse de la création, car nous devons remonter vers le Père.
Après cette brève introduction, voyons donc le premier mystère : l’Annonciation.
Tout chemin spirituel commence par une purification. Depuis la chute d’Adam et Ève, l’Homme se complaît dans l’univers matériel. Adam, l’Humain, placé au centre du jardin paradisiaque par Dieu, était maître du monde et régnait sur toute la création.
Mais comme nos premiers parents, nous avons tous commis le péché originel : c’est à dire que nous nous sommes détournés de Dieu, et que sur la verticale de la croix où se tient l’Homme, notre regard se tourne maintenant naturellement vers le bas et non plus vers le haut comme l’y portait notre nature originelle. De ce premier péché découleront tous les autres, plutôt à placer sur l’horizontale de la croix, ou sur la circonférence du cercle, bien qu’ils nous entraînent naturellement vers l’extérieur / le bas. La Genèse nous narre cette faute et les conséquences qui en découlent :
Le Seigneur Dieu fit à l’homme et à sa femme des tuniques de peau et les en revêtit.
Genèse 3.21
De ce « jour », (mais s’agit-il d’un événement temporel ?) tout a été corrompu. Nous nous sommes enfermés nous-mêmes dans ces corps de chair périssables, les « tuniques de peau », et notre être, au lieu de relier le Ciel et la Terre, ainsi que Dieu nous l’avait ordonné, s’est tordu. Le monde entier dont Dieu avait donné la garde à Adam a été souillé par le mal, par la faute de l’Homme, image de Dieu au Paradis. Les possibilités négatives se sont manifestées, déployées et multipliées, au lieu de rester pures virtualités.
Pourtant, de ces ténèbres où nous nous sommes enfoncés, quelque chose en nous garde le souvenir d’Éden. Quelque chose nous appelle. Des profondeurs de notre être nous crions vers la Lumière.
De profundis clamavi ad te, Domine
Domine, exaudi vocem meam
Psaume 129
Avec l’aide de Dieu, notre travail spirituel consistera à nous redresser afin de relier les deux pôles, le zénith et le nadir, tout en gardant le regard tourné vers Lui. Rectificando, Invenies Occultum Lapidem. Nous devrons faire descendre l’esprit dans la matière et faire remonter la matière dans l’esprit afin que les choses reprennent leur place.
La Vierge Marie nous montre le chemin à suivre : image de l’âme immaculée, mais aussi figure de la prima materia, le substrat qui accueille toutes les formes et les purifie, qu’aucune trace ne peut corrompre. Elle porte tout en elle mais elle est éternellement vierge.
L’Annonciation de Marie est fêtée le 25 mars, 3 jours après l’équinoxe de printemps : c’est le moment où lumière et ténèbres sont en équilibre, mais la lumière va grandissante et prend le pas sur les ténèbres dominantes.
Marie dit alors : « Voici la servante du Seigneur ; que tout m’advienne selon ta parole. »
Luc 1.38
La première étape est de purifier notre âme autant que possible. Obéir intérieurement à Dieu autant que possible, garder l’âme dans le repos et la paix. Comme elle, nous devons retrouver cet état de nature. Les nuages sombres qui obscurcissent notre âme doivent se dissiper afin que la lumière puisse y resplendir.
Dans cet état de grâce, l’Esprit Saint peut descendre dans l’esprit de l’homme et y faire naître le Fils, pour que soit remplacée l’image adamique corrompue par celle du nouvel Adam. Dans le fond de l’âme spirituelle une ouverture se fait, encore petite, comme une minuscule fenêtre.
Selon Maître Elkhart, l’âme doit être vierge et sans souillure, mais aussi féconde. Féconde : car elle doit accepter et faire naître cette nouvelle image en elle. La seconde étape, parallèlement à la première, est donc celle-ci : comme Marie, il nous faut vouloir cette transformation. Nous devons être des «hommes de désir » pour reprendre l’expression martiniste, et désirer plus que tout cette vie spirituelle. Elle peut nous être donnée par le baptême selon le chemin des sacrements chrétiens, mais Dieu fait ce qu’il veut, et il y a peut-être autant de chemins que de personnes.
C’est une transformation qui ne sera pas aisée, Marie le savait et nous le savons. Ou peut-être sommes-nous encore un peu naïfs, au départ de la vie spirituelle.
Ainsi nous commençons à marcher sur le chemin spirituel. Pour le moment, nous en sommes au stade virtuel : nous avons accompli le premier pas en disant à Dieu, que tout m’advienne selon Ta parole, que Ta volonté soit faite sur la Terre comme au Ciel. Suivant l’exemple de la Vierge Marie, nous purifions notre âme et nous désirons la venue de Dieu.
Il reste cependant le plus important : la question de savoir si Dieu nous accordera cette grâce ? Domine, exaudi vocem meam. Nous pouvons accomplir le travail de notre côté, mais le plus important est pourtant du côté de Dieu, et cela reste un mystère. Dieu peut-il refuser une âme qui le cherche du plus profond de son coeur ? Dieu peut-il rester sourd ? Ou bien est-ce nous qui comme Saint Augustin, étions sourds et aveugles ?
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