De l’ésotérisme « chrétien »

R.E.R direction Marne la Vallée (joke)

Le monde de l’ésotérisme, chacun le sait, est truffé de pièges. J’en ai déjà parlé : par exemple en ce qui concerne la magie, de nos jours souvent présentée comme un outil de développement personnel, voire spirituel, tout en passant sous silence le véritable danger qu’encourent ses pratiquants. La magie blanche est considérée comme inoffensive, etc. Certes, avec un peu de pratique, on se rend compte que c’est faux, même si malheureusement, tout le monde ne s’en rend pas forcément compte à temps.

Il y a d’autres pièges plus subtils, et disons, clairement orientés vers une certaine catégorie de personnes : ceux qui se dirigent vers un chemin chrétien, mais ne le sont pas encore suffisamment, ou n’ont pas les bases solides de la foi. C’est ce qu’on appelle l’ésotérisme « chrétien », et les dénominations pullulent : on a le gnosticisme moderne, ses faux gnostiques et leurs « églises », les esséniens modernes, les martinistes, les pseudo rose-croix, à ne pas confondre (hum) avec les rosicruciens, les maçons du Régime Écossais Rectifié…

Tous n’ont qu’un rapport plus ou moins lointain avec le christianisme. Tous prétendent la même chose : qu’ils détiennent des vérités cachées oubliées par le christianisme officiel. « Oubliées », voire même carrément volontairement dissimulées, tant qu’à faire.

En réalité, comme toujours, c’est un habile mélange de vérités et de mensonges.

Prenons deux simples exemples, tirés de la doctrine officielle catholique, mais que ces mouvements prétendent avoir découverts :

Tout homme ayant son origine en Dieu, sa finalité est de revenir vers lui. Le but de la vie temporelle et des épreuves que nous traversons est de préparer l’âme à son union à Dieu.

L’homme (Adam) n’a pas été crée initialement avec un corps matériel, mais avec un corps glorieux ; c’est le péché originel qui nous a plongés dans la matière. Il est bien connu que les « tuniques de chair » de la Genèse, données par Dieu après le péché originel, ont été interprétées ainsi par les pères de l’Église.

Quiconque se donne la peine de faire quelques recherches tombera sur ces affirmations, et en tirera les réflexions qui en découlent. De nombreux livres ont été écrits sur le sujet par des théologiens, il y a de quoi faire son choix et alimenter sa réflexion.

Alors certes, aujourd’hui, beaucoup de chrétiens semblent avoir oublié le message spirituel du Christ et son Royaume qui n’est pas de ce monde. Pour autant, l’Église reste dépositaire de ces vérités spirituelles, et encore une fois, celui qui se donne la peine de chercher trouvera, et s’il demande, on lui donnera. Rien n’est caché. Ce n’était peut-être pas le cas au XIXè siècle, et la lecture de ce genre d’ouvrages moins accessible ? (À vrai dire, je n’en sais rien ?). Mais aujourd’hui…

À côté de ces vérités, les mouvements ésotériques rajoutent tout un corpus doctrinaire et dogmatique, qui rendent incohérent le tout. Ils ont au moins l’honnêteté de le dire, et ils ont le mérite d’être clairs sur le fait d’enseigner une doctrine, contrairement à certains qui se prétendent adogmatiques, mais sont les pires ennemis de la liberté de croire et de penser (oui, je pense à la franc-maçonnerie, libérale ou non).

On pourra dire ce qu’on voudra, mais Martinès de Pasqually n’était pas Origène ni Saint Augustin. À mon sens, on perçoit derrière ses thèses une pauvreté philosophique ainsi qu’une méconnaissance du spirituel. Prenons par exemple l’existence du mal. Pasqually affirme l’impossibilité pour Dieu de posséder la prescience du mal avant que les créatures ne viennent à l’existence, car leurs pensées viennent du néant, et que Dieu ne peut avoir connaissance du néant. D’une, on peut y opposer Maître Eckhart et ses considérations sur la déité, le non-être et le néant ; mais tout simplement, pour paraphraser la manière de parler d’un célèbre ésotériste, nous pensons que c’est complètement absurde.

Dans cette optique, Dieu n’est pas Dieu, en somme, puisqu’il n’est pas omniscient. Dieu aurait était surpris par l’apparition du mal et n’aurait pas trop su quoi faire de ses créatures rebelles ? Je trouve l’idée franchement ridicule.

L’alternative consiste à dire que la déité est la possibilité infinie (sans vouloir faire trop de Guénon ici), et qu’en créant en dehors de lui (ad extra), Dieu savait parfaitement bien qu’il y avait un grand risque que ses créatures, à qui il a donné toute liberté, allaient lui désobéir. Ad intra, dans le Logos, la création était parfaite ; mais la liberté est le point crucial de la chose. Les anges comme les hommes en ont abusé, et la destruction est apparue.

Je crois en fait que l’homme a de la difficulté à admettre l’immensité et l’infinité de Dieu, parce qu’il ne peut la comprendre. L’existence du mal reste un point difficile à admettre, et pourtant nous constatons tous les jours que la principale source du mal dans le monde, c’est bien l’homme et ses décisions. C’est nous-mêmes et notre éloignement de Dieu qui mutilons sans cesse notre nature, et nous crucifions sans cesse le Fils de l’Homme. Ecce homo.

On s’invente donc de faciles solutions, comme les gnostiques qui ont inventé un démiurge pour expliquer le monde matériel. Ce sont de pseudo-révélations, mais font-elles réellement progresser spirituellement ? Je ne nie pas que ces systèmes ésotériques ont leurs points positifs, et peuvent faire avancer, mais ils restent tout de même truffés de mensonges et d’incohérences.

Voilà sans doute pourquoi aussi pour ces systèmes, en savoir trop à l’avance est disqualifiant. Il est plus facile de modeler des âmes naïves, appâtées par de pseudo-connaissances secrètes, jouant sur l’ego et le secret, que des personnes qui sont solidement ancrées dans le christianisme, que ce soit par la foi ou par la raison.

Conclusions : ce sont tous les mêmes. Derrière le langage pseudo-savant, se cache le mensonge spirituel. L’arbre pourri donne des fruits pourris.

Je ne rejette pas la notion d’ésotérisme, mais je reste sur la position de Jean Borella qui me semble la plus logique : oui, il existe bien un « ésotérisme » chrétien, une gnose chrétienne, mais ce n’est qu’en réalité qu’une compréhension plus profonde des mêmes vérités qui sont professées par les chrétiens « exotériques ». Cet ésotérisme n’est pas d’intérêt pour tous, au contraire, et finalement, il ne représente souvent qu’une simple distraction sur le chemin.

Le chemin se résume très simplement : purification et illumination. Le plus difficile est de le parcourir, pas d’en discourir. Il est évident qu’à la fin de notre vie, Dieu nous demandera des comptes sur ce que nous en avons fait, pas sur nos croyances intellectuelles. Les discours intellectuels sont là pour guider, pas comme une fin en soi, même si c’est un passe-temps que j’aime bien.


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