Gnose(s)

Vous êtes la lumière du monde. Une ville située sur une montagne ne peut être cachée.

Et l’on n’allume pas une lampe pour la mettre sous le boisseau ; on la met sur le lampadaire, et elle brille pour tous ceux qui sont dans la maison.

Mt 5.14-15

Un des défauts de beaucoup d’ex-occultistes / magiciens / franc-maçons ou autres, est que lorsqu’ils se convertissent au Christ, est de rejeter en bloc tout ce qu’ils ont appris, considérant que c’est l’œuvre du diable et que tout est faux. Cela a été mon cas durant quelques mois, mais à la réflexion, c’est une attitude qui est préjudiciable. Tout d’abord, le problème n’est pas que tout est faux dans les enseignements occultes : au contraire, une large partie est vraie. Certes, une petite partie, mais la plus importante, est complètement fausse, et cela suffit à corrompre le système entier. Néanmoins, si on fait preuve de discernement, on peut toujours tirer partie de ce que l’on appris.

De mon ancien professeur, je retiens ce qui est compatible avec un enseignement chrétien : l’importance d’une vie morale, la destinée de l’homme comme pont entre la Terre et le Ciel, l’importance de la concentration mentale, la méditation discursive, le principe magique qui veut que l’on doit se concentrer sur ce que l’on veut et ne pas chercher avant tout à affaiblir l’ennemi… Alors, certes, tout ceci vient de « l’ésotérisme chrétien » ou de la philosophie antique. Il se trouve que je l’ai appris par une voie différente du christianisme, mais les enseignements restent valables.

Mais il y a peut-être plus grave dans ces soi-disant enseignements occultes : c’est que parmi les vérités affirmées, certaines ne sont destinées qu’à des personnes s’étant suffisamment purifiées spirituellement pour les comprendre. Sinon, on risque le contre-sens, et certains enseignements peuvent être dangereux si on n’en perçoit pas le sens spirituel, et si ceux qui l’enseignent n’en ont pas la moindre idée non plus. C’est tout le problème du « croyez ce que vous voulez » que professait mon ancien professeur, qui en tant que druide et maçon, était très attaché à la liberté de pensée. Voyez ce que vous voulez dans les symboles puisque je n’ai rien à vous apprendre ; à chacun sa quête, et pour seul guide la raison.

Je prendrai pour exemple la relativité du bien et du mal. La théologie positive enseigne que Dieu est le Bien absolu ; mais il existe un degré supérieur de théologie. La via negativa enseigne que Dieu étant l’Absolu, il est au-delà de nos représentations humaines et de nos concepts : il est au-delà de nos représentations du bien et du mal. Mais cela ne s’applique qu’à Dieu, et pas à l’être humain ni au crée, qui doivent s’efforcer de tendre vers le bien et l’ordre.

Maintenant, on peut prendre cette vérité, et affirmer quelque chose qui y ressemble suffisamment, mais qui pris par des personnes qui n’ont que peu de discernement, tourne au contre-sens absolu. On peut ainsi voir le mal comme nécessaire, comme force de résistance sur lequel s’exerce le bien. Le mot important ici est nécessaire, car le reste est vrai : je vous laisse voir les implications. On peut assimiler le mal au noir, aux ténèbres, le bien au blanc et à la lumière, et on peut faire de jolis coloriages en forme de damier avec (ou bien en forme de cercle si on est plus attiré par la pensée chinoise). On peut aussi assimiler le mal à la matière et le bien à l’esprit. Ça peut vite finir en catharisme (de nombreux occultistes prétendent être des Cathares réincarnés, no joke).

On en vient à prétendre qu’il faut dépasser ces notions de bien et de mal, parce qu’on est au-delà de tout ça en tant qu’adepte ou initié ; que le bien et le mal se résolvent en Dieu, et qu’après tout, on est une petite parcelle de Dieu (non ?).

Je crois qu’on peut voir les dégâts de ces affirmations sur les personnes qui suivent ce genre d’enseignement jusqu’au bout. On commence par affirmer l’importance d’une vie morale et de développer ces vertus ; et puis plus tard, vers la toute fin, on vous dit qu’en fait, il faut dépasser tout ça. J’ai eu la chance, ou la malchance, d’avoir eu un cours en accéléré sur ces sujets. En fait, pour les occultistes à la moralité douteuse (dont je faisais peut-être partie), on peut balancer ça d’entrée de jeu. Pour ceux qui suivent un cursus où la progression se fait plus lentement (GD, certains rites maçonniques, bouddhisme tantrique), il faut attendre la fin, histoire d’avoir passé quelques années à méditer le sujet et que les concepts se soient bien imprégnés dans l’esprit, et qu’on se fasse à l’idée que se comporter comme un con est signe de grande sagesse. Pour ceux que ça intéresse, vous pouvez regarder les histoires fascinantes de Chögyam Trumpa et tous les rinpoché machin qui se rendent coupable d’abus sexuels, d’Aleister Crowley, Jack Parsons et co…

Autre exemple : la gnose. Beaucoup de repentis croient avoir trouvé là leur ennemi et s’imaginent qu’elle se cache partout : la Gnose (avec un grand G). Ils passent leur temps à la dénoncer, à dire qu’elle s’infiltre partout… Et ce qu’ils entendent par là n’est pas bien clair.

À commencer par le fait que le concept de gnose est chrétien. Les pères de l’Église dénonçaient la gnose au faux nom et défendaient la vraie gnose : la connaissance réelle de Dieu, celle qui transforme le cœur de l’homme et lui permet de s’unir à lui, non pas la fausse connaissance intellectuelle qui brille des lumières de Lucifer.

En dénonçant le concept de connaissance de Dieu, ils font subtilement le jeu de l’Adversaire. Les faux gnostiques nous ont volé notre vocabulaire et on les laisse faire.

Le problème n’est pas tant au fond ce que cette fausse gnose affirme, que le chemin spirituel qu’elle propose.

Le vrai problème est autre : quel est le chemin pour parvenir au Saint des Saints ? Nous avons deux options : placer notre foi en celui qui a dit : « Je suis le Chemin, la Vérité et la Vie », suivre ses pas comme nous le pouvons, et espérer qu’au terme de cette voie, nous parviendrons au Saint des Saints.

Ou bien nous pouvons suivre la voie des faux gnostiques : c’est à dire, que seule une connaissance cachée, réservée aux initiés, permettra de déchirer le second voile du Temple.

Et qu’espère-t-on trouver, derrière ce voile ? Pour le chrétien, c’est l’union à Dieu : c’est aussi l’amour et la connaissance qu’il donne librement, le Fils et le Saint-Esprit. Pour l’adepte en devenir, c’est tout autre chose : ce sont les secrets de Dieu qu’il espère déchiffrer et s’approprier, le pouvoir et la connaissance, fruits du vol de Prométhée / Lucifer. C’est un mensonge, bien sûr, parce qu’il n’y a rien au bout, comme l’ont constaté tous ceux qui ont pratiqué la magie et les arts interdits. Le diable est le plus grand menteur, et il n’a rien à offrir qui en vaille la peine.

Quel avantage un homme aura-t-il à gagner le monde entier, s’il se perd ou se ruine lui-même ?

Luc 9.25

Chez les ex-occultistes, le fait de dénoncer la « gnose » peut tourner à l’obsession, et j’y vois aussi le symptôme d’une psychologie qui ne veut pas renoncer au fait de détenir des connaissances cachées. Après avoir passé beaucoup de temps à chercher des connaissances cachées spirituelles, on peut aussi chercher des connaissances cachées mondaines : décrypter les réseaux sataniques qui ont infiltré le monde, chercher à savoir qui manipule qui, à quoi sert ce foutu vaccin, se lancer dans des analyses géopolitiques, se demander quand va être reconstruit le troisième temple…

La fausse connaissance cachée ne libère pas. La fausse gnose n’a jamais libéré personne.

Même Saint-Martin n’a pas caché son étonnement en voyant son maître Martinès de Pasqually invoquer les esprits à grand renforts d’invocations compliquées : pourquoi le bon Dieu aurait-il besoin de tout ça ? Dommage de voir un esprit aussi brillant tomber dans ce ramassis d’absurdités.

Seule la véritable gnose, la véritable connaissance de Dieu, libère. Le reste, la fausse gnose, n’offre que de faux maîtres et de fausses connaissances.


En savoir plus sur Le chemin et la vérité

Abonnez-vous pour recevoir les derniers articles par e-mail.

Laisser un commentaire