Le chapelet – Naître : la Nativité

Nous avons vu dans les deux premiers mystères du chapelet le début de la vie spirituelle : l’Annonciation et la Visitation, qui sont la première étape de la conversion. Dans une première étape, l’âme en chemin se tourne vers Dieu et reçoit sa première lumière purificatrice : elle accepte Dieu, comme Marie. Puis se tournant vers elle-même, elle voit alors la « vieille femme » qu’elle était, son ancienne vie, symbolisée par la rencontre avec Élisabeth.

Jusqu’à présent, cependant, la lumière était en elle à l’état virtuel : cachée dans l’âme, comme une potentialité à réaliser mais qui n’a pas encore pris naissance dans le monde.

La naissance du Christ s’accomplit dans le silence et la nuit. Tout est immobile alors que l’obscurité règne. L’âme se tient alors en elle-même, loin de l’agitation du monde, dans la paix et le calme. La nuit l’envahit et permet de dissoudre tout ce qui la retenait au monde : elle se détache des liens, de la fausse lumière du monde, et ainsi il apparaît pour ce qu’il est réellement, des ténèbres qui obscurcissent notre vision spirituelle.

C’est pourtant dans ces ténèbres que l’âme discerne la vraie lumière, celle de Dieu qui l’éclaire : et Dieu prend alors réellement naissance dans cette âme.

Ainsi doit-on s’exercer à se détacher des choses du monde. Joseph, époux terrestre de Marie, tient le rôle du gardien de l’âme, qui veille à ce qu’elle ne soit pas mise en danger par ce monde. Sans cette protection qui nous évite de trop nous laisser trop aller aux choses extérieures, notre lien avec Dieu peut être rompu, ou du moins obscurci car il n’est pas possible de le rompre totalement. Le gardien de l’âme ramène les choses à leur juste place. C’est un rôle qui est intérieur à chacun, exercé par la vigilance et le discernement. Tout comme Joseph exerce ce rôle de protection qui revient au père de famille, ainsi chacun a en lui son gardien intérieur qui le protège des dangers « extérieurs ». Il faut voir l’âme comme une maison dans laquelle seuls rentrent les invités autorisés : au centre de la maison, l’âme (qui est en fait aussi la maison), et son enfant divin. Les dangers « extérieurs » sont variés : on peut citer par exemple les sept péchés capitaux, mais ils prennent globalement la forme de l’attachement au monde extérieur ou bien à sa propre psychologie.

Cette « maison », par ailleurs, est ici une simple étable, rappelant qu’il est indispensable de se montrer humble si on veut progresser davantage sur le chemin spirituel.

Voyons maintenant les invités autorisés, qui peuvent contempler la Lumière venue au monde dans l’âme. De nombreuses interprétations sont bien entendu possibles.

Nous avons d’abord les animaux : le boeuf et l’âne. Cette tradition ne se trouve pas, pour rappel, dans les évangiles canoniques, mais vient des apocryphes (dont notamment le protoévangile de Jacques). Certains voient dans l’âne le symbole du mal, par opposition au boeuf : par exemple l’abbé Henri Stéphane, dans son Introduction à l’ésotérisme chrétien, et qui suit en cela l’interprétation donnée par René Guénon. Pour ma part, je vois plutôt dans le bœuf l’animal du labeur et du sacrifice, et dans l’âne l’animal qui porte son fardeau : symboles de l’âme qui comme le Christ, devra lorsqu’elle aura grandi, accepter sacrifices et souffrances.

Ensuite, les premiers arrivés, les bergers. Mais le « bon berger », c’est avant tout Jésus :

Moi, je suis le bon pasteur, le vrai berger, qui donne sa vie pour ses brebis.

Jn 10.11

Comme Jésus rassemblera ses brebis, ainsi les bergers se rassemblent autour de l’enfant divin qui vient de naître. Comme eux, nous devrons être fidèles à cette Lumière qui vient de naître en nous, et ne pas cesser de croire. Nous devrons laisser Dieu nous guider.

Jésus était né à Bethléem en Judée, au temps du roi Hérode le Grand. Or, voici que des mages venus d’Orient arrivèrent à Jérusalem et demandèrent : « Où est le roi des Juifs qui vient de naître ? Nous avons vu son étoile à l’orient et nous sommes venus nous prosterner devant lui. »

Mt 2.1-2

Enfin les derniers arrivés, les rois mages. Comme les bergers, eux aussi ont été guidés par Dieu. Mais plus spécifiquement, ils préfigurent ce que nous deviendrons au terme de ce voyage, guidés par l’étoile : le baptisé est « prêtre, prophète et roi ». Ce sont les présents qu’ils offrent qui en sont le symbole : l’or renvoie à la royauté. L’encens, l’offrande par excellence, renvoie à la prêtrise. Enfin la myrrhe, dont on embaumait les corps, renvoie à la mortalité et préfigure donc la Passion du Christ ; elle est aussi présente dans l’huile sainte et a donc une fonction spirituelle : elle symbolise la fonction prophétique.

Ces dons étant virtuels dans un premier temps, nous devrons les recevoir dans notre vie en suivant en cela l’exemple du Christ. La prêtrise parfaite consistant dans l’offrande spirituelle de sa vie et de ses actes ; la prophétie nous permet d’annoncer la Vérité, et enfin, la royauté qui nous est restituée nous permet de nous gouverner parfaitement nous-mêmes afin d’être au service de Dieu.

D’autres axes d’interprétation possibles : les animaux symbolisent le corps, les bergers l’âme (au sens ternaire corps / âme / esprit et non pas âme = personne) et les rois mages l’esprit. Tous se rassemblent en nous autour de l’étincelle divine.

On peut aussi y rattacher les vertus théologales : les animaux qui symbolisent la patiente souffrance par amour de Dieu, par Charité ; les bergers qui font preuve de Foi ; et les rois mages qui après leur long périple empli d’Espérance, guidé par la Lumière, voient enfin l’enfant divin.


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