Le chapelet – Naître : la Présentation de Jésus au Temple

Quand fut accompli le temps prescrit par la loi de Moïse pour la purification, les parents de Jésus l’amenèrent à Jérusalem pour le présenter au Seigneur, selon ce qui est écrit dans la Loi : Tout premier-né de sexe masculin sera consacré au Seigneur.

Ils venaient aussi offrir le sacrifice prescrit par la loi du Seigneur : un couple de tourterelles ou deux petites colombes.

Lc 2.24-32

Quarante jours après la Nativité, nous assistons ici à l’accomplissement de deux rites : la purification de Marie et le rachat du fils premier-né en échange d’un sacrifice ou d’une somme d’argent. Les deux colombes sacrifiées indiquent un certain état de pauvreté matérielle : rappel de cette pauvreté, ou indépendance, de l’âme qui ne possède et ne s’attache à rien.

Remarquons tout d’abord que bien que Marie n’ait pas besoin d’être purifiée, elle se soumet tout de même au rite. La même remarque vaut pour l’enfant Jésus, à travers les rites de la circoncision et plus tard du baptême. Ce point nous indique réellement la venue au monde de l’enfant spirituel : celui-ci, précédemment à l’état virtuel, non manifesté, s’actualise dans un monde donné, avec ses lois et ses règles. Il faut commencer par les suivre.

Car venir au monde, cela signifie être limité et restreint, par rapport à l’état spirituel indépendant de l’espace et du temps. Nous ne pouvons manifester l’intégralité de notre être spirituel et nous devons accepter les limitations du monde matériel. Ce monde matériel et temporel est régi par des lois : nous ne sommes pas encore en dialogue avec l’Absolu. Nous aimerions nous défaire de ces contraintes imposées par les conditions de manifestation de notre existence, mais pour le moment, et même si l’Esprit nous rend libres, nous devons reconnaître humblement que cela n’est pas possible.

Hormis l’obéissance aux lois du monde temporel, la véritable raison pour laquelle nous devons nous conformer à un certain « exotérisme » est que tout simplement, ces rites « extérieurs » ont une signification profonde, « ésotérique », qu’elle soit comprise ou non par celui qui l’accomplit. Le rite manifeste de façon visible, comme un symbole en mouvement. Ces rites, au lieu de nous contraindre, doivent nous ouvrir la porte à une vie sacrée et non plus profane, où chaque acte est offert à Dieu. S’ils ne le font pas, il y a deux possibilités : soit nous ne comprenons pas ce qui est caché derrière ; soit le rite lui-même a perdu sa signification profonde, dénaturé par une volonté humaine qui ne le comprenait pas lui-même. Saint Irénée parle par exemple des prêtres qui ont acquis une connaissance intérieure et comprennent ce que les rites et le mystère chrétien signifient, contrairement à d’autres qui accomplissent l’acte sans en percevoir la profondeur réelle.

Dans ces rites extérieurs nous accomplissons, en acte, la volonté de Dieu. Ainsi nous ne restons pas dans le virtuel, le non-manifesté : nous sommes incarnés dans le temps et l’espace pour une raison. Le sacré prend sa place dans notre vie. La vie n’est plus profane mais est centrée sur Dieu.

L’homme qui est né de l’Esprit vit selon l’esprit (pneuma / spiritus) : la lumière de celui-ci infuse peu à peu sa psyché, intérmédiaire entre le matériel et le pur spirituel. Puis le matériel, à son tour, vit selon l’Esprit. L’enfant intérieur, après avoir été enfanté dans la nuit de l’âme, doit maintenant se confronter au monde extérieur. L’enfant intérieur vit de sa propre vie autonome, le rôle de Marie s’efface peu à peu : il va grandir, symbole de cet Esprit qui vient peu à peu habiter dans l’homme et faire de lui un véritable enfant de la Lumière. Les rites, qui agissent à tous les niveaux, nous ouvrent ainsi la porte à la sanctification du temps et du monde.

Or, il y avait à Jérusalem un homme appelé Syméon. C’était un homme juste et religieux, qui attendait la Consolation d’Israël, et l’Esprit Saint était sur lui. Il avait reçu de l’Esprit Saint l’annonce qu’il ne verrait pas la mort avant d’avoir vu le Christ, le Messie du Seigneur.

Sous l’action de l’Esprit, Syméon vint au Temple. Au moment où les parents présentaient l’enfant Jésus pour se conformer au rite de la Loi qui le concernait, Syméon reçut l’enfant dans ses bras, et il bénit Dieu en disant :

« Maintenant, ô Maître souverain, tu peux laisser ton serviteur s’en aller en paix, selon ta parole. Car mes yeux ont vu le salut que tu préparais à la face des peuples : lumière qui se révèle aux nations et donne gloire à ton peuple Israël. »

Lc 2.25-32

On retrouve ici le même thème que précédemment, avec Marie et Elisabeth, et que l’on verra plus tard avec Jean-Baptiste. Ce cantique de Syméon, chanté pendant la liturgie des heures au moment des complies, avant la tombée de la nuit, nous rappelle ce vieil homme qui meurt pour laisser naître l’homme nouveau : l’homme spirituel, né de l’Esprit. Anne, prophétesse âgée, occupe la même fonction symbolique.

Au niveau du calendrier liturgique, la fête de la Chandeleur, le 2 février, remplace les anciennes fêtes païennes : Imbolc, en pays celtique. Sainte Brigitte, christianisation de la déesse du feu et de la lumière Brigit, est toujours fêtée le 1er février en Irlande. On dit notamment d’elle qu’elle a recouvert l’enfant Jésus de son manteau pour le protéger. Cette fête d’Imbolc rappelait la purification au sortir de l’hiver, le retour de la lumière qui devient perceptible à cette période de l’année. Quant aux crêpes rondes, elles symbolisent le soleil, lui-même symbole du Christ, lumière qui ne meurt pas.


En savoir plus sur Le chemin et la vérité

Abonnez-vous pour recevoir les derniers articles par e-mail.

Laisser un commentaire