Création, enfer et rédemption

Je développe ici les idées présentées dans cet article : De la structure du monde. Ce ne sont que des hypothèses et réflexions, pas tout à fait finalisées.

Création

Dieu est l’Incréé, Celui qui n’a pas de cause mais est la Cause première. Au sein de la Trinité, le Père crée par le Fils dans le Saint-Esprit. « Par le Fils », car Il est la Parole du Père, le Verbe primordial qui amène tout à l’existence. « Dans le Saint-Esprit », car Il est cet espace primordial, qui trouvera son pendant dans la Prima Materia / Marie au niveau du monde créé : si le Fils est associé à l’intelligence et la connaissance de Dieu, le Saint-Esprit est quant à lui plutôt associé à sa volonté.

Au niveau du monde créé, nous retrouvons :

Le monde spirituel : esprit de l’homme. Pneuma / Spiritus

Le monde psychique : âme de l’homme.

Le monde matériel : corps de l’homme

Qu’est-ce que le spirituel ? Le monde spirituel est celui qui est décrit dans le premier chapitre de la Genèse, où Dieu crée tout ce qui existe dans l’origine ou le principe (archè).

C’est le monde des raisons causales et du sémantique. Il abrite les logoï, créés par le Logos : c’est ici que l’on retrouve les archétypes de chaque chose, humains, plantes, animaux, planètes, concepts, etc. On n’y retrouve ni temps ni espace tels que nous les connaissons, mais uniquement les concepts du temps et de l’espace. Les liens logiques et de causalité sont contenus, virtuellement, dans ce monde, mais ne se déroulent pas encore. La philosophie scolastique appelle le temps de ce monde l’aevum, pour le différencier du nôtre, car ce monde n’est pas statique.

C’est le monde de la lumière créée, qui illumine chaque logoï et lui donne son sens et son existence profonde. C’est également le monde des anges, et la cause directe du monde qui lui est directement inférieur, le monde psychique.

Par rapport au spirituel incréé qui est la Trinité, ce monde spirituel est bien créé. La volonté qui est insufflée aux personnes : anges et hommes, par le pneuma ou souffle divin, les détache de l’image incréée qui existe dans le Logos et leur donne une existence propre, distincte de celle de Dieu, capable de choix moral. Ainsi les anges, premiers habitants du monde spirituel, ont une volonté propre et peuvent se détourner de Dieu s’ils en font le choix, car ils ont été crées libres. En faisant ce choix, ils se détournent donc irrémédiablement de leur image incréée qui existe dans le Logos.

Le monde directement inférieur au spirituel est le monde psychique. Ici, nous passons au deuxième chapitre de la Genèse. Nous retrouvons la vie, les structures auto-reproductrices qui se conforment au « plan » spirituel. On peut spéculer que notre corps glorieux, ou bien le corps d’origine d’Adam et Ève, appartient à ce monde. Nous sommes ici établis dans le temps, mais pas celui que nous connaissons. Par contre, ce monde n’a pas d’espace, de lieu à proprement parler. Ce monde fait le lien entre le spirituel et le matériel, et il est la cause directe de ce dernier.

Ensuite : le plan matériel, établi dans le temps et l’espace. C’est celui que nous connaissons, le monde des « tuniques de peau ». C’est le monde dégradé du chapitre trois de la Genèse ; on peut également postuler que le monde psychique a souffert d’une pareille dégradation suite à la chute d’Adam et Ève. Ce monde nous enferme dans l’ici et maintenant, mais permet aussi de dérouler dans l’espace et le temps des choix, des actions qui nous rapprochent ou nous éloignent de Dieu.

Nous voyons en tout cas que la personne forme un tout : spirituel / psychique / matériel, et que le chemin spirituel doit conduire à la réabsorption du matériel et du psychique dans le spirituel.

Enfer

D’où cette hypothèse : s’il existe dans le Verbe une perfection de chaque chose créée, notre jugement personnel consisterait alors à être jugé par nous-mêmes, le visage unique que Dieu a pour nous, au plus profond de notre être.

Pour une personne, l’enfer serait alors de ne pas correspondre à l’Idée éternelle qui existe d’elle-même en Dieu. Mais cette Idée étant ce qu’elle est en réalité, cela revient à refuser la vie donnée, donc à refuser Dieu comme on le dit habituellement.

Refuser ce que l’on est en réalité, vouloir être quelqu’un d’autre, en revient à se révolter contre soi. Cela nous conduit en enfer, non pas parce que Dieu nous imposerait un jugement extérieur et tyrannique : mais parce que nous jugeant nous-mêmes vis à vis de notre être le plus profond, notre être spirituel, là où nous découvrons notre rôle dans la création, nous refusons la réalité.

Il nous est impossible d’être autre chose que nous-mêmes. Il nous est offert la possibilité de refuser car notre volonté est libre : comme Lucifer, à l’inverse de Marie. Mais il est impossible de changer : même Dieu ne le peut pas, en quelque sorte, car ce serait nier l’intégrité de la personne. On peut comparer cela à un chat qui voudrait être un mouton ou un sapin qui voudrait être une carotte… Comme il ne nous est pas possible de changer radicalement notre corps, de la même manière, nous avons un « code » spirituel qui est notre être le plus profond. Le réaliser dans la vie physique nous rendra heureux car c’est ce que nous devons faire, et l’inverse conduit à une dégradation de notre être.

Pour autant, l’Idée éternelle qui existe dans le Logos ne peut pas disparaître : d’où cette idée que l’enfer est éternel, car Dieu n’efface pas ce qu’il a créé. Effacer de l’existence un être serait bouleverser le cosmos tout entier, par les liens que cet être a tissé avec les autres.

Selon la théologie, les anges vivant dans le monde spirituel, hors de notre temps, leur décision d’obéir ou non à Dieu engage tout leur être spirituel, en connaissance de cause, et est donc irréversible. Pour les hommes, vivant dans le temps et l’espace, ce temps accordé leur permet de se façonner une âme et un esprit, une volonté qui au jour de leur mort, se tournera ou non vers Dieu. Soit on aura vécu une existence conforme à ce que l’on est spirituellement, ou bien ce n’est pas le cas mais nous reconnaîtrons nos erreurs, ou bien alors nous refuserons de les reconnaître. La question se pose néanmoins : ce dernier cas est-il possible ? Peut-on refuser de reconnaître ses erreurs lorsque l’on est confronté à la Lumière éternelle, qui sait tout de nous ?

Rédemption

Le Christ, Logos incarné et non pas incarnation d’un simple logoï (comme tout homme), par son Ascension a « emmené » avec lui l’immensité des logoï (monde, humains, anges) et a permis leur rédemption.

Dans l’incarnation, nous retrouvons les deux pôles, Fils et Saint-Esprit, intelligence et volonté : Jésus est la totalité de la « pensée ». Marie, quant à elle, est la totalité de la « volonté ». Par cette volonté, le monde entier dit oui à la rédemption.

Il s’agit cependant de la volonté cosmique : c’est la nature humaine qui a été sauvée, mais la volonté individuelle peut encore dire non. D’où l’action du Saint Esprit, individuelle et personnelle.

Le Christ nous sauve de toute éternité lorsque nous disons oui comme Marie, et son œuvre se poursuit dans le temps grâce au Saint-Esprit. Ce qui nous explique que par la Sainte Vierge (et ses différents visages que l’on retrouve dans toutes les religions) et le Saint-Esprit qu’elle nous donne, nous parvenons à connaître le Logos : notre image qu’il a la fois créée en lui donnant une volonté, mais aussi sa source, celle qui existe de toute éternité : puis par lui nous remontons à la Source absolue, au Père.


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