
Nous voici arrivés au dernier mystère de la série des cinq qui forment les mystères joyeux, ceux de la naissance et de l’Incarnation. Parvenus jusqu’ici dans notre chemin spirituel, notre âme a accueilli l’Esprit en elle et a accepté de s’ouvrir à une nouvelle vie ; elle s’est retournée sur son propre chemin pour laisser derrière elle l’homme mortel, celui qui n’avait pas encore en lui la vie de l’Esprit ; puis cette âme s’est peu à peu effacée devant l’enfant divin qu’elle portait en elle et qui a pris naissance dans le monde, en actes et en gestes, pour grandir jour après jour dans le temps, lui qui vient de l’Éternité.
Dans le mystère précédent, la présentation de Jésus au Temple, nous pouvons noter également ceci : une fois l’âme de la personne habitée par l’Esprit divin, la première chose qu’elle fait est de présenter l’Enfant divin à Dieu. Cet enfant divin, esprit créé, sera l’interface et le médiateur entre l’âme et Dieu, Esprit incréé. Jusqu’ici Marie dialoguait avec les anges ; maintenant elle entre dans le Temple.
La présentation de Jésus et son recouvrement au Temple sont deux mystères symétriques. L’âme se dirige vers Dieu, se présente à lui avec son Enfant intérieur, encore tout petit, et reçoit conseils, prophéties, enseignement. En retour, cet Enfant intérieur dialogue avec le Père, qui l’enseigne et lui apprend à grandir en sagesse. A l’intérieur du Temple, le Père habite, présence invisible ; l’Enfant dialogue avec lui, transmet l’Esprit Saint ; et l’âme de la personne devient à son tour un temple pour l’Esprit. Nous sommes à la frontière entre l’incréé et le créé, entre l’éternel et le temporel.
N’oublions pas le temporel : car notre personne continue de vivre dans le monde, dans le temps et l’espace. Nous avons nos activités profanes, nos soucis, nos préoccupations. Ceci est en général bien loin du monde spirituel, et parfois, nous perdons notre Enfant intérieur. Où le retrouver ?
Chaque année, les parents de Jésus se rendaient à Jérusalem pour la fête de la Pâque.
Quand il eut douze ans, ils montèrent en pèlerinage suivant la coutume.
À la fin de la fête, comme ils s’en retournaient, le jeune Jésus resta à Jérusalem à l’insu de ses parents. Pensant qu’il était dans le convoi des pèlerins, ils firent une journée de chemin avant de le chercher parmi leurs parents et connaissances. Ne le trouvant pas, ils retournèrent à Jérusalem, en continuant à le chercher.
Lc 2.41-45
Notre esprit, lui, n’a pas bougé. Il est perpétuellement en dialogue avec Dieu et en sa présence. Il est immobile, au centre de notre agitation, sur l’axe vertical qui relie la Terre et le Ciel. Nous nous agitons à la périphérie, mais notre esprit est là, au centre de cette sphère qui est notre être.
C’est au bout de trois jours qu’ils le trouvèrent dans le Temple, assis au milieu des docteurs de la Loi : il les écoutait et leur posait des questions, et tous ceux qui l’entendaient s’extasiaient sur son intelligence et sur ses réponses.
Lc 2.46-47
Il leur dit : « Comment se fait-il que vous m’ayez cherché ? Ne saviez-vous pas qu’il me faut être chez mon Père ? »
Lc 2.49
Tandis que notre âme et notre corps s’agitent, notre esprit reste dans la maison du Père. De temps en temps, nous nous éloignons, nous oublions notre contact avec le monde spirituel. Nous le cherchons alors sans le trouver : il nous faut parfois un long chemin pour retrouver ce contact intérieur qui nous semblait acquis. Le retour physique : à l’Église, à la prière, peut parfois nous aider à retrouver ce contact. C’est une souffrance pour nous que de perdre ce contact spirituel, mais pourtant, l’esprit était là. Il nous attendait. C’est nous qui l’avons oublié et avons été distraits.
Et si comme les docteurs du Temple, nous nous taisons pour écouter l’Esprit qui nous parle, alors nous apprenons et nous grandissons en sagesse, émerveillés par ce que nous découvrons.
C’est aussi un dialogue silencieux : l’âme se rapproche de Dieu qu’elle avait oublié, mais Il est toujours là, dans son esprit.
La première phase du chemin spirituel ne s’achève pas ici. Elle continue, en réalité, tout au long du chemin. Une fois que nous avons donné naissance à l’Esprit, à l’Enfant divin, à « l’homme nouveau », notre tâche est de nourrir cette petite graine de lumière. Comme Marie, qui s’éloigne et revient au Temple chercher son Enfant, nous devons sans cesse nous atteler à la tâche de faire grandir cette lumière en nous. Le spirituel s’est incarné dans le psychique, l’esprit dans l’âme : lorsque nous oublions ce fait, il faut revenir vers Dieu.
Parfois, comme dans le mystère précédent, nous devons encore purifier notre âme pour apercevoir de nouveau cette petite lumière, cet enfant tout petit mais qui grandit en sagesse. C’est le travail de l’ascèse, qui permet la contemplation. Lorsque nous calmons nos pensées, nos émotions, nous voyons clairement la lumière de Dieu qui nous éclaire de l’intérieur.
Mais plus cette lumière va grandir en nous, plus elle deviendra exigeante. A un moment, le vieil homme et le nouvel homme ne pourront plus cohabiter : l’un des deux devra céder la place et mourir. La lumière grandissante de l’esprit va éclairer notre âme, et révéler au grand jour ses défauts et ses imperfections.
On peut voir les trois séries de mystères ainsi : au début du chemin spirituel, l’esprit tient une petite place dans l’âme. Tout est joyeux. C’est l’attrait de la nouveauté, nous sommes heureux d’avoir rencontré Dieu. Puis l’esprit et l’âme entrent en conflit, ce qui finit par l’abandon des habitudes, de l’ancien « moi », et cette partie du chemin est douloureuse et difficile, synonyme de mort pour notre ancienne personne. Puis lorsque l’esprit habite entièrement la personne, âme et corps, ceux-ci s’incorporent dans le spirituel, et c’est notre résurrection glorieuse. Nous devenons dans le temps ce que nous avons toujours été dans l’éternité : nous sommes à notre tour un des nombreux visages de l’Esprit Saint.
Plus qu’un chemin linéaire, il faut plutôt voir cela comme un labyrinthe qui va nous conduire au centre de nous-mêmes, et qui va parfois nous faire repasser sur nos pas. C’est selon moi ce qu’indique ce dernier mystère joyeux, en nous montrant Marie, symbole de notre âme, qui cherche sans le trouver l’enfant Jésus. Elle qui lui avait donné naissance, elle le perd et s’inquiète, mais elle finit par retrouver le chemin qui mène vers Dieu.
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