Le chapelet – Mourir : l’Agonie de Jésus

La seconde série de mystères du chapelet est centrée autour de la Passion de Jésus. Après la naissance de Dieu dans l’âme, c’est à dire la descente de l’Esprit dans notre esprit, nous sommes ici dans le domaine de l’âme liée au corporel, au mortel, et qui souffre de sa condition. L’âme a en effet cette faculté de se tourner vers le haut : Dieu, via l’esprit : c’est ce que l’on a vu dans la première série de mystères. Mais elle a aussi cette tendance naturelle à se tourner vers le bas : c’est notre condition déchue, qui oublie le spirituel, et qui nous voue à la mort si nous ne naissons pas de l’Esprit.

Ici, Jésus prend la place de l’Adam déchu : notre place, nous qui portons en nous cette image de l’Homme qui est la cause de notre péché, c’est à dire de notre éloignement de Dieu. Nous avons reçu une nouvelle image spirituelle, grâce à l’Esprit qui a rouvert le lien entre Dieu et notre âme ; mais pour autant, l’Adam déchu coexiste encore dans notre âme avec la nouvelle image spirituelle.

Notons qu’Adam n’est qu’un homme psychique, comme nous l’étions avant notre conversion. Le Christ, nouvel Adam, est quant à lui un homme spirituel, et c’est cela que nous deviendrons : c’est l’espoir de notre résurrection.

On est semé corps psychique, on ressuscite corps spirituel. S’il y a un corps psychique, il y a aussi un corps spirituel. C’est ainsi qu’il est écrit : Le premier homme, Adam, a été fait âme vivante ; le dernier Adam, esprit vivifiant. Mais ce n’est pas le spirituel qui paraît d’abord ; c’est le psychique, puis le spirituel.

1 Co 15.44 – 46 (Traduction de la Bible de Jérusalem)

Remarquons au passage que la traduction liturgique de l’Église Catholique traduit ici « psychique » par « physique », ce qui n’a aucun sens et montre bien que cette Église, dans sa globalité, a malheureusement oublié le sens du spirituel depuis quelques siècles déjà.

Mais pour le moment, l’homme psychique doit mourir.

Voyons les lieux et les symboles de cette scène à laquelle nous assistons, et qui se déroule en nous.

Ayant ainsi parlé, Jésus sortit avec ses disciples et traversa le torrent du Cédron ; il y avait là un jardin, dans lequel il entra avec ses disciples.

Jn 18.1

Alors Jésus parvient avec eux à un domaine appelé Gethsémani et leur dit : « Asseyez-vous ici, pendant que je vais là-bas pour prier. »

Il emmena Pierre, ainsi que Jacques et Jean, les deux fils de Zébédée, et il commença à ressentir tristesse et angoisse. Il leur dit alors : « Mon âme est triste à en mourir. Restez ici et veillez avec moi. »

Allant un peu plus loin, il tomba face contre terre en priant, et il disait : « Mon Père, s’il est possible, que cette coupe passe loin de moi ! Cependant, non pas comme moi, je veux, mais comme toi, tu veux. »

Puis il revient vers ses disciples et les trouve endormis ; il dit à Pierre : « Ainsi, vous n’avez pas eu la force de veiller seulement une heure avec moi ? »

Mt 26.36-40

Nous sommes sur le Mont des Oliviers, au jardin de Gethsémani. Ce lieu de l’Agonie sera le même lieu, plus tard, de l’Ascension : ainsi nous relions du même trait mort et nouvelle vie.

Jésus a traversé un fleuve pour se rendre ici, le Cédron, qui est le fleuve qui sépare symboliquement la vie de la mort, en raison des sépultures qui se trouvent de l’autre côté. Il est maintenant ici, dans ce jardin des oliviers plongé dans les ténèbres, séparé du monde par un fleuve. Ce jardin nous rappelle le Jardin d’Éden avec son arbre aux fruits de vie, mais qui s’est changé en arbre de mort pour Adam.

En effet, nous sommes bien ici dans le Jardin d’Éden, mais un Éden corrompu, où l’obscurité règne et l’homme s’est endormi : Jésus est entré dans le lieu de la mort.

Il y a là un mystère cosmique mais aussi un mystère personnel : nous sentons bien qu’il y a une contradiction entre notre nouvelle vie, donnée par le Christ et l’Esprit (la naissance de Dieu dans l’âme, les mystères joyeux, le baptême et la conversion) et l’homme psychique, Adam, qui subsiste en nous. Ainsi, lorsque nous contemplons notre vie, nous voyons un Jardin d’Éden corrompu.

Notons que l’olivier, symbole de paix et de longévité, peut repousser même si son tronc est coupé, à partir de ses racines ; comme l’homme spirituel renaîtra du tronc coupé qu’est l’Adam déchu. (Par ailleurs, les oliviers actuels qui sont à Gethsémani sont dit avoir deux mille ans et avoir vus le Seigneur Jésus-Christ.)

Car pour que le nouvel homme spirituel puisse révéler sa gloire, alors l’homme psychique doit mourir. Cet homme psychique est celui en nous qui n’agit pas selon son esprit, selon la Parole de Dieu, mais de façon inconsciente ou automatique, et qui suit le mouvement de la foule. C’est l’homme endormi, comme les apôtres incapables de veiller : c’est celui qui avance dans sa vie sans réfléchir, se laisse porter par ses mauvaises tendances et se laisse influencer par une société qui refuse toute forme de véritable spiritualité. Pire : nous portons peut-être même un Judas en nous qui trahit l’Esprit pour de misérables compensations terrestres.

Ces mystères sont difficiles à méditer car ils sont ceux qui spécifiquement parlent de l’humanité de Jésus et non pas de sa divinité. Pourtant, sa divinité est bien là, mais elle nous est cachée.

Ici, tout est ambivalent. Les oliviers qui résistent à la coupe nous rappellent que malgré la mort, la Passion qui attend Jésus, alors la vie reprendra et renaîtra, et tout sera transfiguré. Pareillement, les pressoirs du jardin de Gethsémani nous rappellent la symbolique de l’huile d’olive, similaire à celle du pain. Les fruits sont broyés ensemble, dans une « mort » qui leur donne une nouvelle vie, dans un réceptacle unique.

Amen, amen, je vous le dis : si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il reste seul ; mais s’il meurt, il porte beaucoup de fruit.

Jn 12.24

Plus tard, dans les mystères glorieux, nous assisterons à la victoire de l’homme spirituel, de la nouvelle image définitivement inscrite dans notre esprit. Puis grâce à l’Esprit Saint, notre âme et notre corps participeront à cette victoire et seront renouvelés par le spirituel immortel.

La vérité que nous apprenons dans ce mystère est celle-ci : la mort est nécessaire à la résurrection. Il ne s’agit pas seulement de la mort du corps, comme dans le cas de Jésus ; pour nous, symboliquement, c’est la mort de notre âme, de notre ancienne vie, de notre attachement à tout ce qui nous empêche de nous tourner vers l’Esprit. Le mot « agonie » signifie combat, et c’est bien du combat spirituel dont il s’agit aussi. Voilà la coupe amère que nous devons boire – mais nous ne le voulons pas.

Lorsque les pharisiens viennent le chercher, Jésus leur répondra « ego eimi », c’est à dire : « c’est moi », mais cela signifie aussi « Je suis ». Ses adversaires tombent à terre devant cette parole divine. Car le divin est toujours présent : lors de la contemplation de ces mystères, il ne faut surtout pas oublier que les mystères douloureux n’ont de sens que s’ils conduisent à la résurrection. Sinon, on tombe dans le dolorisme, la glorification de la souffrance pour elle-même, un travers psychique dont souffrent encore parfois certains enseignements catholiques. Pâques n’existe pas sans la Passion ; mais à l’inverse, n’oublions pas que la Passion n’a aucun sens s’il n’y a pas Pâques au bout.

Dans les mystères suivants, nous verrons aussi que cette présence de la vie, malgré la Passion, est toujours présente dans les symboles : nous verrons le pilier auquel est attaché Jésus, colonne qui soutient le monde ou le Temple ; la couronne d’épines qui préfigure la couronne de roi ; la marche, l’avancement ; puis la croix de mort qui devient croix de vie. Selon la tradition, la croix de Jésus était faite de bois de cèdre et d’olivier.

Ce mystère de l’Agonie de Jésus nous rappelle que sans Dieu l’humanité est vouée à la mort, comme Adam et Eve. Mais même dans ce jardin d’Eden corrompu qui est le nôtre, nous pouvons repartir et nous transformer. Rien n’est jamais définitivement perdu.


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