
Il existe une face cachée de l’Église catholique. Non, pas celle à laquelle tout le monde pense : enseignements secrets, Vatican corrompu, on nous cache des choses, etc. Non, je parle d’autre chose : une face cachée, occulte au sens propre du terme, car compréhensible uniquement par ceux qui ont des yeux pour voir.
La philosophie occulte nous apprend qu’il existe des phénomènes psychiques appelés « égrégores ». Lorsque plusieurs personnes se réunissent, il se forme un agrégat d’énergie psychique nourri par les membres, et qui va en retour conditionner les pensées et les actions des membres de l’égrégore. Un pays, une société, une ville, une entreprise… ont leur égrégore. Si on vit à Paris, on pense différemment que si l’on habite à Brest. Les mouvements de foule, les sports, concerts ou autres, sont bien sûr concernés. Même un couple, une famille, des amis, se créent petit à petit leur égrégore psychique.
La culture du lieu en fait bien sûr partie, mais il n’y a pas que cela. Pour les occultistes, le monde intermédiaire entre le matériel et le spirituel, communément appelé astral, n’est certes pas un monde tangible, mais il n’en possède pas moins ses propres lois. Certaines formes de magie, de guérison, en exploitent les propriétés. Répéter le même acte chaque jour, lors d’un rituel magique, donne peu à peu du « poids » à une certaine forme qui s’est créée. L’esprit humain a cette faculté de créer des formes et de leur attribuer de l’énergie : « tracks in space », je crois que c’était ainsi que Dion Fortune les appelait. Je reprends ma casquette chrétienne un instant : l’esprit humain étant fait à l’image de Dieu, nous possédons aussi certaines capacités similaires à celles du Verbe, bien qu’évidemment limitées. La magie est basée sur ce pouvoir : une corruption du Logos divin qui nous est intérieur, pour créer des formes aberrantes et qui ne subsistent pas par elles-mêmes ; d’où l’importance de la parole et de la pensée pour le magicien. Adam nommait les animaux en concordance avec la pensée divine, mais le magicien nomme les formes comme il le souhaite, en tournant son regard vers le bas plutôt que vers le haut.
Tout le monde n’est certes pas magicien. Mais le phénomène des égrégores se produit involontairement, de par la nature de l’esprit humain. Autre point : il semble que dans le temps, ayant acquis une structure relativement stable, l’égrégore va se comporter comme une créature vivante, c’est à dire qu’il va agir de manière autonome, et pour assurer sa propre survie. Je ne suis pas sûre que pour autant, on puisse dire de lui qu’il est vivant : disons qu’il agit à la manière d’un golem…
Tout rassemblement de personnes, qui plus est de personnes qui vont orienter leur volonté et leur conscience dans la même direction, va donc créer un égrégore. Si l’on accepte ce fait, alors il va falloir parler d’un des plus grands égrégores que l’être humain ait jamais crée : celui de l’Église Catholique. Indépendamment du fait que l’Église sur Terre (dont l’Église Catholique ne représente qu’une partie) a bien une origine divine, il n’en reste pas moins qu’au fil des siècles, ce sont les humains qui ont construit cet édifice, qui y ont fixé leurs règles, leurs habitudes, leurs rituels. Pourquoi les exorcistes affirment-ils que le latin a plus d’efficacité dans les prières d’exorcisme que les prières en langues vernaculaires ? Tout simplement parce qu’au fil des siècles, et indépendamment du spirituel, ces prières, identiques dans le monde entier, ont acquis un poids psychique. Quand vous récitez le Pater Noster, vous priez en même temps que tous ceux, tous vos ancêtres, qui ont un jour dit les mêmes paroles que vous. Quand vous dites la prière à Saint Michel Archange écrite par Léon XIII : Sancte Michael Archangele, defende nos in praelio… vous priez en même temps que tous les chrétiens qui la disaient à la fin de la messe. Et je peux personnellement attester de l’efficacité de cette prière, davantage en latin qu’en français.
Et voilà donc une manière intelligente d’utiliser un égrégore. Est-ce qu’on ne toucherait pas là légèrement à la magie ? Je n’en sais rien. Ne sachant rien des intentions de Léon XIII ni ne pouvant juger de ses connaissances occultes, je ne me prononcerai pas. De toute façon, ce concept n’a été popularisé que relativement récemment dans la littérature occulte. Je dirais juste que cela faisait partie des connaissances implicites d’un système traditionnel : plus on est nombreux à prier la même chose, plus nous sommes unis, plus nous sommes efficaces.
En tout cas, il est nécessaire de comprendre la différence entre le psychique et le spirituel : ce que ne font pas beaucoup d’occultistes, et ce que ne fait de toute évidence pas (plus ?) l’Église Catholique.
Et quand on ne comprend rien à ce qu’on fait, on crée des égrégores sans le vouloir, et on se retrouve comme un magicien dépassé par sa créature.
Deux exemples : voulant bien faire, j’ai récemment assisté à la prière des malades dans une église parisienne bien connue. Certaines personnes sont apparemment « guéries » par l’intercession du Saint Sacrement que l’on balade d’un bout à l’autre de l’église comme une sorte de veau d’or portatif (en moins doré). Sauf que les « guérisons » paraissent bien moins spectaculaires et spirituelles que dans d’autres endroits (Lourdes, par exemple) ; on dirait en fait ce qui se passe lors de « guérisons » du type reiki ou magnétisme, par manipulation d’énergie psychique. J’ai fait des drôles de rêves négatifs la nuit qui a suivi… A mon humble avis, ce qui se passe dans cette église est que les participants alimentent l’égrégore du lieu avec leur propre énergie, qui la leur rend avec parcimonie, et on ne sait pas très bien comment. Je ne suis pas sûre qu’on puisse dire avec certitude « merci Seigneur Jésus » pour ce qui se passe là-bas.
Deuxième exemple : les apparitions de la Vierge Marie. Ayant eu affaire à un drôle de truc qui se présentait sous son apparence spirituelle (mais pas exactement un démon, du moins je ne crois pas), j’ai vraiment un doute concernant la véracité spirituelle de ses nombreuses apparitions. A mon sens, ces apparitions sont en réalité celles du visage de l’égrégore de l’Église Сatholique. Ce qui fait d’ailleurs sens théologiquement parlant ; et peut être que parmi ces apparitions, certaines sont réellement spirituelles. Mais en tant qu’ex-magicienne, je vois une image télesmatique qui a pris vie et ne fait que répéter le catéchisme de l’Église. Le cas des apparitions de Lourdes et du dogme de l’Immaculée Conception est assez frappant en ce sens ; mais cela ne signifie pas pour autant que l’on ne sera pas guéri si on va prier là-bas. L’égrégore est aussi un tremplin psychique et peut, doit, aider à gagner le spirituel. Ce n’est pas quelque chose de mauvais en soi.
Pour en revenir à la face cachée de l’Église Catholique : en fait, aujourd’hui, elle est bien involontaire. L’Église a perdu sa conception totale du cosmos, qui comprenait les forces psychiques qui le composent aussi. Aujourd’hui, on fait des églises qui ressemblent à des quais de métro, des vitraux qui semblent peints par un enfant de deux ans, des chants mièvres, des vêtements liturgiques façon Google Chrome. C’est moderne. C’est super. Le chrétien de base s’effarouche quand on parle d’architecture sacrée, d’art sacré, toutes ces choses que connaissaient les bâtisseurs du Moyen-âge et que connaissent encore leurs descendants imaginaires (maçons ou ex-occultistes dans mon genre). Dieu a pourtant tout fait avec nombre, poids, et mesure : mais pour les chrétiens modernes, cela ne nous regarde pas, et on peut faire ce qu’on veut du moment qu’on a de bonnes intentions.
Le concept d’architecture sacrée est on ne peut plus chrétien : et certes, nous sommes le Temple, mais enfin, on prie toujours dans des lieux sacrés ; et quand on voit le luxe de détails décrivant le Temple de Salomon dans la Bible, on pourrait penser que ce n’est pas là par hasard. Chaque détail a une signification spirituelle. Le Temple primordial pensé par Dieu devrait se décliner sur Terre dans ses différentes formes imparfaites, mais approchantes. Pourquoi ? Parce que c’est comme ça. Dieu a créé un ordre, des règles, et on peut essayer de s’en affranchir, mais bizarrement, on arrive mieux à prier à la cathédrale de Chartres, par exemple, que dans l’église quai de métro. La beauté nous élève vers le divin.
Malheureusement, pour retrouver une conception totale du cosmos, c’est à dire du Dieu biblique qui a pensé le monde dans ses détails, il faut s’éloigner aujourd’hui de l’Église Catholique. Et le problème, c’est que les sources occultes étant aujourd’hui coupées de leur source chrétienne, elles sont pour une large part corrompues et ouvertes aux influences démoniaques. Mais il va bien falloir qu’un jour, tout ce savoir oublié réintègre l’Église… Je ne pense toujours pas qu’il y ait eu d’ésotérisme chrétien par le passé, au sens d’enseignement caché de Jésus ou des apôtres. Il y a eu des enseignements adaptés à ce que chacun pouvait comprendre, mais pas réellement caché. Mais aujourd’hui, de facto, il existe bien un ésotérisme chrétien : tout ce que l’Église a perdu au fil des siècles, notamment après la Renaissance, après la Contre-Réforme, après Vatican II. Je n’ai toujours pas fini mes réflexions quant à mon propre positionnement concernant cet ésotérisme en question. Peut-être que mon chemin est tout aussi bien chrétien qu’ésotérique (maçonnique, selon un ami) ? Je vois bien qu’il manque quelque chose, en tout cas.
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