Métanoïa

En effet, tous ceux qui se laissent conduire par l’Esprit de Dieu, ceux-là sont fils de Dieu.

Vous n’avez pas reçu un esprit qui fait de vous des esclaves et vous ramène à la peur ; mais vous avez reçu un Esprit qui fait de vous des fils ; et c’est en lui que nous crions « Abba ! », c’est-à-dire : Père !

C’est donc l’Esprit Saint lui-même qui atteste à notre esprit que nous sommes enfants de Dieu.

Rm 8.14-16

Par quel mystère naît-on une seconde fois ? Par quel jeu mystérieux se produit cette rupture qui nous force à nous retourner intérieurement vers Dieu ? C’est cela qu’est la métanoïa ; ou bien en français, la conversion, mais ce mot est tellement incompris aujourd’hui que le mot grec est préférable. Pourtant, la conversion, c’est cela, c’est le retournement de l’être vers sa Source, vers la Lumière divine. Le contact avec le spirituel est alors rétabli dans l’homme déchu : l’Esprit Saint commence à habiter en nous pour nous transformer. Dans cet Esprit, nous voyons le Christ, qui nous montre le Père. Peu à peu, nous nous voyons aussi nous-mêmes, nos imperfections terrestres, mais aussi notre image divine, vers laquelle nous devons tendre à ressembler.

De tout temps, c’est ce que l’homme a voulu transmettre comme expérience ; ce sont les rituels initiatiques, approximations maladroites d’une expérience que l’être humain ne peut maîtriser. Par là, des hommes ayant vécu cette expérience ont voulu reproduire et transmettre à ses semblables ce qu’ils avaient connu. Intention louable certes, mais très aléatoire, et sans doute inefficace la plupart du temps.

Car la métanoïa ne se déclenche pas unilatéralement. L’homme seul n’y peut rien ; et si la volonté de l’homme refuse obstinément de se tourner vers Lui, Dieu ne souhaite pas la forcer. Ainsi, comme le disaient les pères de l’Église, le baptême est perdu si l’homme ne le fait pas vivre en lui. C’est pourquoi on compare fréquemment la relation de Dieu à l’homme à une relation amoureuse, qui est elle aussi le fruit de deux volontés conjointes.

La conversion est la rencontre de deux volontés : celle de Dieu, et celle de l’homme qui est prêt à accepter cette rencontre.

A côté de cette expérience, les rituels humains (et je pense bien sûr aux rituels maçonniques) font pâle figure. La seule voie initiatique est celle de la vie, de la rencontre et du cheminement avec Dieu jour après jour.

Si on n’a pas connu cette expérience, il est compréhensible que l’on se tourne vers des substituts. Mais tout ce qu’on pourra en dire restera au niveau horizontal et ne dépassera pas la raison humaine, tant que la liaison spirituelle n’aura pas été rétablie.

On cherche alors à enfermer Dieu dans un système rigide et mort : des écritures que l’on ne comprend pas, car nous ne savons pas les faire vivre, des symboles et des rites qui montrent obscurément qu’il existe une Lumière sans Déclin, quelque part. Les lettres hébraïques restent muettes si on ne sait pas y insuffler le souffle de vie, la prononciation de ces consonnes sans voyelles. La Bible, traduite en français ou autre, donne l’illusion d’être facilement compréhensible car n’importe qui peut lire les mots ; mais sans l’Esprit, ce livre nous reste obstinément fermé. L’Esprit seul nous donne la clé de lecture. Il en est ainsi de tous les évènements de notre vie. L’Esprit seul peut nous éclairer sur la signification des pages de notre vie, qui autrement resteraient pour nous un mutus liber.

L’envie des chrétiens de convertir le monde entier vient de là : pas d’imposer un dogme, mais juste la volonté de faire connaître à nos frères et sœurs une expérience que nous avons connue. D’où parfois la frustration quand obstinément, l’être humain reste enfermé dans son malheur, dans ses questions stériles, dans son pseudo-savoir.

Tout cela provient en général d’un manque d’humilité. La présence de Dieu fait comprendre à l’homme que tous ses systèmes, ses idées, sa philosophie même, sont assez dérisoires ; pourtant Dieu les regarde avec intérêt et tendresse, car ils sont la preuve de l’interêt de l’homme pour ce qui le transcende.

Je dois dire que je n’arrive pas encore à avoir ce regard. Je n’ai pas la patience de Dieu. La bêtise de la plupart des systèmes ésotériques m’exaspère. La bêtise de certains « initiés » qui sont loin de la porte du vrai Temple me fatigue. On ne parle pas le même langage.

Je comprends bien pourquoi mon obstination m’a menée à entrer en franc-maçonnerie, alors que je savais pertinemment que je n’y trouverais rien. Rien, ou peut-être la confirmation que ce n’était pas (plus ?) fait pour moi ? Je ne peux pas m’empêcher d’avoir un regard de tristesse pour ceux perdus dans des systèmes qui ne les mènent nulle part. L’orgueil fait croire à certains qu’ils détiennent la vérité du christianisme, et que l’Église se trompe depuis 2000 ans, ou pire, cache délibérément la vérité à ces pauvres fidèles, qui en sont encore à la préhistoire, écoutent bêtement le pape, et ne savent pas réfléchir par eux-mêmes. Enfin, j’en ai probablement fait partie un moment, alors…

N’est-il pas significatif que certains se nomment eux-mêmes fils de la veuve, alors que d’autres ont l’épouse de Dieu pour mère ?

Puisse Dieu faire briller sa lumière sur tous ceux qui le cherchent.


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