Réflexions sur le chemin initiatique

Qu’est-ce qu’être sur un chemin initiatique ? Il me semble que l’on qualifie ainsi le chemin qui va amener une personne à grandir, à devenir plus profondément et plus intégralement elle-même. Il s’agit d’un pèlerinage où l’on rencontrera, dans le désordre : soi-même ; les autres ; Dieu. Et ce pèlerinage est intérieur, parce que nous répondons intérieurement, dans notre conscience, à des évènements, qu’ils soient d’ailleurs « extérieurs » ou intérieurs.

De nos jours, nombreuses sont les personnes à avoir entrepris un tel pèlerinage. Toute recherche spirituelle mène tôt ou tard à ce chemin. Tous les évènements nous transforment : mais si nous l’acceptons, si nous cherchons à leur répondre intérieurement, à nous transformer, si nous ne fuyons pas qui nous sommes, alors nous sommes sur un chemin initiatique. Nous n’avons pas vraiment le choix, d’ailleurs : soit nous évoluons et nous grandissons, soit nous refusons le chemin de la vie et nous mourrons. Ce refus peut parfois subtilement prendre l’allure de spiritualités qui n’encouragent pas le développement de la personne (je pense au bouddhisme) ; de religions où Dieu n’est vu que comme un despote extérieur, imposant ses lois absurdes à l’humanité (l’islam, certains chrétiens, malheureusement) ; de pseudo-religions où l’on s’enlise dans de vaines recherches intellectuelles et la construction de l’ego (occultismes, franc-maçonnerie).

Le christianisme est la religion du pèlerinage intérieur par excellence. Crées à l’image de Dieu, nous cheminons vers notre ressemblance, tant bien que mal, en suivant le Christ.

Ne vous procurez ni or ni argent, ni monnaie de cuivre à mettre dans vos ceintures, ni sac pour la route, ni tunique de rechange, ni sandales, ni bâton. L’ouvrier, en effet, mérite sa nourriture.

Dans chaque ville ou village où vous entrerez, informez-vous pour savoir qui est digne de vous accueillir, et restez là jusqu’à votre départ. En entrant dans la maison, saluez ceux qui l’habitent. Si cette maison en est digne, que votre paix vienne sur elle. Si elle n’en est pas digne, que votre paix retourne vers vous. Si l’on ne vous accueille pas et si l’on n’écoute pas vos paroles, sortez de cette maison ou de cette ville, et secouez la poussière de vos pieds.

Matthieu 10.9-14

Nous visitons beaucoup de « villes », de « maisons » au cours de notre vie. Dans ces lieux, intérieurs comme extérieurs, la Lumière de Dieu est parfois bien accueillie : dans ce cas il faut rester un moment, échanger, prendre et donner. Parfois il n’y a rien à faire : il ne faut alors pas insister, il faut simplement poursuivre son pèlerinage. Le départ est toujours un témoignage.

Jean Borella démontre bien que Guénon est coupable d’avoir instillé dans l’esprit de l’Occident la notion que l’initiation « formelle » était non-négociable pour entreprendre un chemin spirituel. Or, il montre également que le jeune Guénon, brillant intellectuel mais peu porté sur le spirituel, a calqué ce modèle sur celui (unique) de la franc-maçonnerie. Étant de plus peu porté sur l’histoire, Guénon pensait sincèrement que la maçonnerie était la continuation des initiations de métier du Moyen-âge, mais ce n’est pas le cas. La franc-maçonnerie actuelle est un artefact né au XVIIIè siècle, inventé de toutes pièces par des personnes peu scrupuleuses qui ont rassemblé des rituels d’ici et là, avant de faire disparaître leurs archives. Toutes sortes d’occultismes, de revendications sociales et aristocratiques s’ont venues rapidement s’y greffer ; en parallèle, la mention du Dieu chrétien a tout aussi vite disparu, volontairement effacée. Y voir un quelconque chemin initiatique, c’est prendre les ténèbres pour de la lumière. Sans parler du fait que les initiations de métier n’ont jamais eu le moindre lien avec un quelconque chemin spirituel, celui-ci se vivant dans le cadre chrétien du Moyen-Âge, avec ses pèlerinages, ses dévotions, etc.

Le chrétien du Moyen-Âge se savait pèlerin sur cette terre, et n’hésitait pas à parcourir des milliers de kilomètres pour aller rejoindre tel ou tel lieu sacré. Chemin extérieur mais aussi intérieur, comme en témoignent de nos jours ceux qui ont cheminé, par exemple, vers Compostelle ; et comme le labyrinthe, tel celui de Chartres ou celui à présent détruit de Reims, le leur rappelait. Ce chemin est un chemin vers soi et vers Dieu ; vers le lieu où l’homme et Dieu se rencontrent.

Et ce chemin, aucun grade, aucun état ne vient le sanctionner ; l’état de celui qui se prétend « entré dans le courant », dans le bouddhisme Theravada, en est un bon exemple. Personne ne sait dire avec certitude s’il a atteint ce « niveau », c’est pourquoi les pratiquant passent leur temps à se le demander.

Nous partons sans rien, comme nous le demande le Christ, et nous mendions notre nourriture spirituelle de maison en maison. C’est un chemin difficile, où nous gagnons une richesse intérieure, mais où nous nous dépouillons peu à peu du « vieil homme » dont parle Saint Paul.

Nombreux sont ceux qui entreprennent ce pèlerinage, mais nombreux aussi sont ceux qui s’arrêtent en chemin. Fascinés par leur ego, ils s’enlisent et n’avancent plus. Ce mirage les pousse à croire qu’ils sont toujours en chemin, alors qu’ils sont arrêtés depuis bien longtemps.


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