Le sacre du roi

Quelques notes suite à mon article Prêtre, prophète et roi :

Il est fréquent de confondre le baptême du roi Clovis avec son sacre : en réalité, l’évènement auquel on pense est bien son baptême, à la cathédrale de Reims un jour de Noël autour de l’an 500. La cérémonie de sacre proprement dite n’a été instaurée que près de quatre siècles plus tard. Pour autant, comme je l’ai entendu dire, est-ce réellement une confusion ?

Est-ce une volonté d’écrire un mythe national, le mythe fondateur de la nation française (et qu’il faudrait donc s’empresser de déconstruire, car notre esprit moderne ne comprend plus la notion de mythe, notion qui lui est insupportable car elle semble travestir une réalité de faits soi-disant bruts ?)

Ou bien alors, serait-ce le miracle de la Sainte Ampoule qui prêterait à confusion ? Elle servit à l’onction du baptême de Clovis, et sera réutilisée lors du sacre des rois, et un esprit moderne (et profane) peut s’y perdre.

La réalité est que cette confusion, tout simplement, n’en est pas une. L’esprit profane ne voit pas le lien entre un baptême et un sacre. Or, cette association, si elle avait probablement été faite auparavant, a été clairement formulée par l’archevêque Hincmar de Reims, aux alentours de l’an 877 lorsqu’il a élaboré le premier rituel du sacre. Le baptême, comme déjà expliqué, confère par l’onction du Saint Chrême la royauté intérieure au baptisé. Mais bien évidemment, dans le cas d’un homme qui se trouve être aussi roi dans le monde, tel Clovis, cette onction lui confère une double royauté : celle de n’importe quel baptisé, roi de son monde intérieur ; mais aussi la fonction de « roi du monde », centre et pivot du monde, axe qui relie le ciel et la terre, Dieu et le peuple qui gravite autour de lui. Il joue au niveau de ce petit macrocosme, le royaume de France et son peuple, le même rôle qu’un véritable initié chrétien dans son microcosme. Le roi est donc véritablement lieutenant de Dieu sur Terre : mais cela échappe complètement à nos esprits modernes qui n’y voient que « mythes » et ne comprennent pas cette intrusion du « religieux » dans le « politique ».

Autre point : l’onction par le Saint Chrême, après le baptême, est commune aux principales confessions chrétiennes. Il est reconnu qu’il s’agit d’un geste qui remonte aux premiers chrétiens, et même aux apôtres. Il est manifeste que la signification de ce geste a été perdue au fil du temps. Chez les catholiques, la signification royale de cette onction a été perdue, si bien qu’ils l’ont dédoublée en un « sacrement de confirmation », inventé bien tardivement. Les orthodoxes ont malheureusement été influencés par la vision catholique des « sacrements » : si bien que cette onction a pris la signification catholique, même si elle est chez eux donnée immédiatement après le baptême.

Curieusement, dans l’église assyrienne moderne, dont les sept sacrements ont été définis relativement indépendamment des églises catholique et orthodoxe, il n’existe pas de « confirmation », ou de « chrismation » liée à l’évènement de la Pentecôte : par contre, on retrouve le sacrement de l’huile d’onction, qui est clairement décrit comme un rappel de l’onction des rois et des prêtres de l’Ancien Testament, et qui fait de ceux qui le reçoivent de nouveaux Christs, les « oints » du Seigneur. Je renvoie mes lecteurs à ce site, par exemple : Sacrements de l’église assyrienne

La symbolique de l’onction post-baptismale, quel que soit le nom qu’on lui donne, est donc claire : elle n’a rien à voir avec la Pentecôte, avec la descente de l’Esprit Saint, mais c’est une onction royale. Les exemples donnés de la Bible pour justifier la « confirmation » ou « chrismation » concernent des croyants qui n’ont pas été baptisés au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, mais qui ont reçu le baptême similaire à celui de Jean-Baptiste : cela n’est donc pas le baptême chrétien d’aujourd’hui qui confère virtuellement mort et renaissance avec le Christ par l’Esprit-Saint. Nous retrouvons donc les étapes : mort et renaissance par le baptême ; sacre intérieur en tant que roi (qui récapitule les fonctions de prêtre et de prophète) par l’onction post-baptismale. Encore une fois, ceci ne concerne que les personnes qui volontairement, se prêtent à l’initiation chrétienne : donc aucunement les nourrissons ni mêmes les jeunes enfants chez qui ces « sacrements » relèvent de la superstition.

Tout ceci a malheureusement été embrouillé et effacé par le temps. L’église romaine a même remplacé le mot originel de « mystère » / μυστήριον, emprunté aux cultes initiatiques par les premiers chrétiens et toujours utilisé par l’église orthodoxe, par le juridique « sacrement » / sacramentum. On est ainsi passé d’une compréhension profonde, initiatique de la foi chrétienne, à une compréhension extérieure et légaliste de la foi : on pourrait dire que d’une foi ésotérique, on est passé à un exotérisme dont il faut aujourd’hui déchiffrer la signification afin d’atteindre le coeur du christianisme.

J’ai malheureusement l’impression que de nos jours, tout est fait pour se concentrer sur cet exotérisme pur dans l’église romaine. L’immense majorité des catholiques rejette la moindre allusion à des notions d’initiation, de mystère, d’ésotérisme (mot fourre-tout, malheureusement), de chemin intérieur ou de nouvelle naissance. Certes, la hiérarchie ecclésiale fait tout pour détourner son troupeau de ces notions, ayant eux-mêmes peur de tout ce qui est inconnu ; cependant, les fautifs sont principalement les croyants eux-mêmes.


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