
Beaucoup de questionnements en ce moment. Lecture et relecture des ouvrages du père Henri le Saux, qui exprime dans ses livres beaucoup de choses qu’il me semblait savoir intuitivement lorsque je suis devenue chrétienne. « Mais nous sommes tous le Fils Unique ! » ai-je tenté d’expliquer à un prêtre qui n’a pu que me renvoyer un regard interloqué, ne comprenant pas ce dont je parlais. Cela fait du bien de découvrir un homme qui était passionné par sa recherche spirituelle, qui ne s’arrêtait ni aux dogmes de l’Église ni aux dogmes du Vedanta.
Comme lui, je ressens que la religion chrétienne est incomplète, mais pour autant je ne peux pas la délaisser pour une autre religion qui serait tout aussi incomplète. L’Advaita Vedanta, à mon sens, ne devrait pas être enseigné dans les livres, ni dans les séminaires de pseudos swamis que l’on peut croiser à Paris. On y croise toute une foule de « chercheurs spirituels » à l’air supérieur, n’ayant pas réalisé grand chose, gloussant comme des poules devant le « maître » lorsqu’une personne pose enfin une question intéressante mais dérangeante.
L’Advaita Vedanta est une philosophie dangereuse si on ne sait pas. Si on sait, on sait. Si on ne sait pas, on s’imagine savoir. Alors on fait d’une philosophie une idole. On se crée des concepts mentaux. Pire, on se croit supérieur de savoir ce que les autres ne savent pas. L’orgueil, pire péché qui éloigne de Dieu, c’est une vérité. Comme le disait le père le Saux, l’Advaita est une expérience. Et rien de tout ce qu’on peut faire n’amène à cette expérience : les heures de méditation, de réflexion, ne sont qu’une préparation, mais elles n’ont finalement pas grand-chose à voir avec cette expérience.
Je n’ai pas envie de me définir comme une « chercheuse spirituelle », ou bien une « cherchante », selon le lexique des groupes ésotériques qui adorent les concepts mentaux qui leur permettent de fuir la vérité.
Suis-je encore chrétienne ? Catholique ?
Je crois que Jésus était unique de par sa mission, non par sa nature. Comme lui, nous possédons la double nature, l’union hypostatique du crée, de la chair périssable, âme et corps ; et du divin, de l’immortel en nous. Du moins, nous en avons la possibilité. Nous sommes une possibilité de Dieu. Nous sommes des êtres en devenir ; jusqu’à la singularité qui nous emporte au delà du temps. Façon de parler, bien sûr, car le changement ne s’est produit que dans le temps. Dans l’éternité, nous avons toujours été à la parfaite image et ressemblance de Dieu ; dans l’éternité, nous sommes tous le Christ, UN avec le Père. La ressemblance ne concerne que notre devenir ; jusqu’au moment où nous sortons du temps, où tout est consommé.
Je pense que les premiers chrétiens et pères de l’Église le savaient bien, mais que cela a été effacé des mémoires au cours du temps. Pas par volonté de cacher, mais parce qu’il est plus facile d’idolâtrer un autre être ; parce que les racines juives de l’Église, paradoxalement, interdisent toujours à quiconque de se faire Dieu, sauf si l’on est l’exemplaire unique et autorisé, le seul et unique Christ Jésus.
Jésus est la projection temporelle et spatiale du Christ. Un endroit donné, une époque donnée, une culture, etc.
Maintenant, l’Église, à un certain niveau, a tout à fait raison. Tant que je n’ai pas réalisé Dieu en moi comme Jésus, il m’est interdit de dire que le Père et moi sommes UN. Cela m’est interdit maintenant, mais le problème est que si personne ne me le dit, comment puis-je me diriger vers cela ? Si j’en ai l’intuition, mais qu’il ne faudrait surtout pas tomber dans « l’hérésie » ? Alors évidemment, l’éveil à ce que l’on est nous tombe dessus sans prévenir, peu importent nos croyances qui sont souvent bien encombrantes.
Il y a tout de même des intuitions qu’on ne peut supprimer. Le Père et le Fils, Dieu et sa Parole : à la fois deux mais non deux, unité ; dans l’unité du Saint Esprit.
Il faut vivre et expérimenter la Trinité en soi, non pas la regarder ou la contempler de loin, comme un objet scolastique. Le Père, source de ce que je suis, de tout ce qui est ; moi, sa Parole qui s’exprime ici et maintenant ; le non-manifesté qui manifeste par sa conscience. L’Esprit me dit que nous sommes de même nature, homoousios, consubstantiels ; lumière née de la lumière ; mon esprit engendré, non pas créé. Et par Lui tout a été fait. Le Credo de Nicée-Constantinople dit vrai, mais lorsque l’on comprend qu’il s’applique à nous, on fait voler en éclats beaucoup de choses. Il vaut mieux garder ce que l’on sait dans le secret et ne pas le révéler à ceux qui ne savent pas. (Ces quelques lignes que personne ne lit ne comptent pas.)
Lorsque je récite le Notre Père, c’est la Parole de Dieu qui s’exprime. Je suis à cet instant la Parole.
Lorsque je lis la Bible, comprendre qu’elle parle de moi, toujours. Elle parle de moi sous le symbole du Christ éternel que je suis en réalité.
Tant que je ne sais pas encore, Dieu me juge, établit des Lois. J’ai peur que beaucoup de chrétiens, actuellement, en soient encore là. On ne leur enseigne pas la Vérité, comme si nous devions encore nous montrer timides sous peine d’être crucifiés comme le Seigneur, lapidés comme Al-Hallaj lorsqu’il dit « Je suis la Vérité », ou brûlés comme Marguerite Porete.
Nous serons jugés par le Christ, c’est à dire par nous-mêmes à la fin des temps.
Depuis l’Éternité, mon propre esprit me guide, prenant la forme d’un Autre. Parfois je réalise que cet ange gardien n’est pas autre que moi. Est-ce le cas pour chaque personne ? Je ne saurais dire, ne connaissant que mon cas et celui de quelques autres.
Quoi qu’il en soit, faire confiance à l’esprit / Esprit de Dieu. Car si la connexion est établie, alors en toute confiance, on peut dire : j’ai réussi. Je le sais. Cela n’empêche pas les difficultés ici bas, mais j’ai réussi. Je sais que mon chemin spirituel a abouti. Lorsque je déraille du chemin, cela m’est arrivé, alors j’ai moi-même fait ce qu’il fallait pour m’y remettre, coûte que coûte (et j’ai eu aussi un peu d’aide de quelques amis inconnus là-haut, bien sûr). Voilà la réalité de l’ange gardien qu’enseigne l’Église : il s’agit de nous-mêmes. Si nous nous mettons en danger spirituel, nous, là haut, ferons tout pour nous sauver ici-bas. Paradoxe : JE est à la fois divisé, séparé dans le temporel et l’éternité, et pourtant UN. Incompréhension devant des chrétiens qui se sentent menacés de l’enfer : bien sûr qu’ils sont sauvés. Notion tout aussi incompréhensible de « péché mortel » pour des gens qui ne sont pas du tout concernés.
J’aime les rituels de l’Église, même si je ne me sens pas tenue d’y participer. J’aime aller à la messe dans une paroisse parisienne où la liturgie et les chants latins sont particulièrement soignés. Mes prières avant et après ma méditation sont celles de l’Église. Veni Sancte Spiritus ; Pater Noster ; etc. Chaque matin, textes de la Bible. Mes lectures sont presque exclusivement des auteurs catholiques (même si entre Jean Borella et Henri le Saux, deux de mes auteurs préférés, on ne peut pas dire que j’ai choisi les moins controversés…)
Je ne sais pas pourquoi alors je ne me sens plus vraiment catholique. Chrétienne, sans doute, car le mythe du Christ, la Trinité sont pour moi la meilleure expression humaine du mystère ultime ; et toujours attachée à Jésus, bien sûr.
Peut-être parce que je ne me reconnais pas dans le milieu catholique (ni même chrétien en général). Je n’aime pas plus le milieu des « chercheurs spirituels » occidentaux pétris d’orgueil, les dogmes bouddhistes, les faux swamis, ni non plus les ésotéristes, magiciens ou franc-maçons. Bref, je j’appartiens plus à rien. Les formes extérieures me semblent dépassées – j’ai fait le tour de toutes celles qui étaient en possibilité dans mon incarnation. J’ai le sentiment d’être larguée en pleine mer sur un petit optimiste qui vogue tant bien que mal dans les ténèbres, avec quelques livres et l’Esprit pour seule boussole. Lorsque l’on est entré dans le courant, comme disent les bouddhistes, on s’est engagé sur le chemin sans retour.
En savoir plus sur Le chemin et la vérité
Abonnez-vous pour recevoir les derniers articles par e-mail.
