
J’ai fini récemment la lecture d’un petit livre présentant la doctrine de St Irénée de Lyon. Le livre se base principalement sur l’ouvrage principal de St Irénée : Contre les hérésies, destiné à réfuter les doctrines gnostiques. Il semble par ailleurs que la fameuse phrase « Dieu s’est fait homme pour que l’homme se fasse dieu » n’est pas exactement de lui, mais elle est aussi attribuée (faussement ?) à d’autres Pères de l’Église.
Saint Irénée insiste notamment sur le fait que l’homme n’est pas dieu par nature, comme le prétendent les gnostiques. C’est la doctrine chrétienne classique qui se déploiera à travers les siècles : nous sommes faits enfants adoptifs dans le Fils, mais de nature, nous ne restons que des créatures.
C’est faux, s’écrieront les adeptes du Vedanta, du shivaïsme, etc. D’un point de vue absolu, certes, mais du point de vue relatif de la personne qui n’a pas encore réalisé le grand saut vers l’immortalité, celui qui n’a pas encore vécu la seconde naissance, ou celui qui l’a vécue mais est encore en chemin : si on ne peut pas dire, comme Saint Paul, « ce n’est plus moi qui vis, mais le Christ qui vit en moi », alors cette doctrine est vraie. C’est une doctrine pédagogique : lorsque l’on a réalisé Dieu, lorsque c’est le Christ qui vit en soi, alors qu’importe que l’on est toujours été Dieu ou bien que l’on soit devenu Dieu ? Tout cela n’a plus aucune importance.
Il y a du danger à ne pas dire la vérité : on le voit aujourd’hui où bien des chrétiens n’ont pas du tout pour ambition de faire vivre le Christ en eux, pour qui l’Esprit est une notion floue, mais veulent en rester au niveau psychique. L’Église elle-même a perdu la distinction entre corps / âme / esprit, erreur que ne faisaient pas St Irénée et les premiers chrétiens. Ceci explique que nombre d’occidentaux (dont j’ai fait partie) se sont tournés vers les religions orientales, tant la véritable tradition spirituelle chrétienne semble noyée sous les querelles affligeantes et moralisantes qu’affectionnent nombre de chrétiens de nos jours.
Il y a cependant un danger plus grand, selon moi, à dire la vérité à des gens qui n’y sont pas préparés. Cette préparation n’est pas du tout affaire de qualités intellectuelles, comme semblent le croire nombre d’ésotéristes aujourd’hui, tout comme les gnostiques de l’époque. Si on dit la vérité, alors le petit moi va s’imaginer être dieu et s’enfler d’orgueil : il suffit de fréquenter un peu les mouvements new-age, les franc-maçons ou les adeptes du néo-vedanta pour voir dans quelle erreur ils sont tombés.
Vaut-il mieux dire la vérité (comme le font le shivaïsme, et dans une certaine mesure, l’advaita) sans distinction, à des gens non préparés comme à ceux qui peuvent comprendre ? Et advienne que pourra, Dieu reconnaîtra les siens ? Ne jetez pas vos perles devant les chiens, dit l’Évangile, à raison. Mais aujourd’hui, la transmission ne se fait plus de maître à disciple, mais tout un chacun a accès à des doctrines qui auparavant étaient considérées comme ésotériques.
Alors vaut-il mieux en rester à une doctrine qui n’est pas tout à fait vraie, mais pédagogique et qui conduit ultimement vers la vérité, comme le christianisme ? On pourra remarquer qu’en règle générale, tout de même, le chrétien de base, s’il n’est pas forcément instruit de toutes ces doctrines subtiles, reste une meilleure personne que les personnes citées ci-dessus. Ce qui n’a aucune importance si l’on croit que l’Éveil est une affaire individuelle ; mais si l’on réalise, comme le bodhisattva du bouddhisme tardif, qu’une fois éveillé, notre devoir est d’éveiller les autres, alors on en tire une autre conclusion. Si l’on cherche sincèrement la Vérité : frappez, et on vous ouvrira.
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