
Dans l’église Orthodoxe, le baptême est toujours pratiqué comme il l’était chez les premiers chrétiens : par immersion, et mieux même, par triple immersion. L’immersion signifiant mort et renaissance, quelles peuvent être les significations de ces trois morts ? D’un point de vue exotérique, on dira le Père, le Fils, le Saint-Esprit. Mais d’un point de vue ésotérique ?
Les deux premières morts sont (relativement) évidentes et ont leur correspondant, bien que tardif, dans la tradition catholique.
En se basant sur la terminologie de Jean de la Croix, la première mort est la Nuit des sens : c’est la mort au monde, c’est à dire à ce qui est purement extérieur. Cela désigne non pas le corps, mais l’habitude de l’homme de vivre en périphérie de lui-même. C’est la metanoia, le retournement ou conversion : l’homme prend conscience d’une autre dimension dans l’existence. C’est la première initiation, le premier seuil à passer. On réalise qu’il y a un « Autre ».
On confond fréquemment la deuxième naissance avec ce moment, mais la deuxième naissance est un processus, qui n’est amorcé qu’à ce moment. Dès ce moment, l’on doit entrer dans un processus conscient de purification.
L’ « Autre » et « moi » deviennent Un. D’un être psychique, on devient peu à peu être spirituel : un lien se forme avec l’imago Dei qui est notre être le plus profond, notre esprit immortel ; un lien encore fragile qui peut être rompu à tout moment et doit être soutenu par la pratique spirituelle.
Dans la liturgie, ce moment correspond à l’Annonciation (le moment initial) et à Noël (le développement du lien, la croissance de l’enfant intérieur, qui de petit embryon, grandit de plus en plus chaque jour).
La deuxième mort symbolique, Nuit obscure de l’âme dans la terminologie de Jean de la Croix, entraîne la deuxième naissance, complétée à ce moment : c’est Pâques, le grand passage par la mort sans lequel il n’y a pas de résurrection de l’homme. On réalise avant ce moment que l’ « Autre » n’était que Moi. Peu de temps avant Pâques, c’est la Transfiguration : le vieux moi est prêt à mourir pour laisser la place à la conscience éternelle du Christ.
Les trois jours passés aux enfers, entre la mort et la résurrection, symbolisent le temps que l’on devra passer dans cette étape – et où elle se déroulera. La durée peut en effet être assez longue : de nombreuses années peuvent se dérouler dans notre vie de la mort à la résurrection, nous prévient Jean de la Croix (cela recoupe probablement la première étape, car il est difficile de définir des jalons clairs).
Dès que la seconde naissance est accomplie (« tout est accompli »), la conscience de l’homme n’est plus dans son « moi », dans son âme mortelle, mais dans son imago Dei, dans sa conscience christique. Ou disons, d’une autre façon, que l’âme a été absorbée par l’élément immortel. Celle-ci resplendit à présent – parfois même de façon visible pour les yeux extérieurs, comme pour les saints ou Jésus.
C’est le moment où l’homme est définitivement sauvé de la mort de l’âme : en effet, le lien avec l’esprit est définitif et indissoluble. « Donc, ce que Dieu a uni, que l’homme ne le sépare pas. » (Mt 19.6). C’est l’entrée dans la Vie, c’est le Royaume des Cieux, dès ici dans notre vie terrestre. Dès ce moment, l’homme peut dire comme Jésus : « le Père et moi sommes Un », car il est devenu le Christ. Il a trouvé son vrai Moi, il a vaincu la mort.
Et la troisième mort ? La tradition chrétienne en parle peu, s’arrêtant à la deuxième naissance. Le mythe chrétien ne s’arrête pas à la résurrection de Jésus dans son corps glorieux. Le mythe s’arrête à l’Ascension. C’est ce que certains auteurs appellent la Nuit de l’esprit : dans cette dernière étape, disparaît tout sens séparé du « moi ». « Il n’y a plus d’Autre » : il n’y a plus de Dieu et moi, il n’y a plus de conscience séparée. Pourtant, la personne n’a pas disparu, mais elle a franchi une étape (la dernière ?) de son évolution cosmique.
On remarquera que la signification ésotérique explicite l’interprétation exotérique du Père, Fils, Saint-Esprit, qui correspondent chacun à une des étapes, en commençant par l’Esprit (metanoia), puis le Fils (Pâques), et enfin, le retour vers le Père, source de toutes choses.
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